samedi, mars 09, 2019

Où va la France de Macron en mars 2019 ?


Par Olivier Maurice.

La tribune publiée par Emmanuel Macron et intitulée « Pour une renaissance Européenne » a été froidement accueillie par nos voisins, en particulier par les Allemands qui ont mis un certain temps avant de réagir poliment. Il faut dire qu’elle illustre parfaitement deux particularités bien françaises : celle de faire la leçon et celle de considérer détenir la vérité universelle. En dehors de la forme irritante à laquelle nos partenaires européens ont dû finir par s’habituer, c’est surtout le fond qui a irrité nos voisins et partenaires.

… jamais l’Europe n’a été autant en danger. Le Brexit en est le symbole. Symbole de la crise de l’Europe…

Emmanuel Macron plante le décor en se posant en défenseur de la démocratie et du progrès face au repli nationaliste et il illustre son propos par la sortie du Royaume-Uni. Les dirigeants britanniques en prennent d’ailleurs sérieusement pour leur grade, tout comme leurs électeurs. Menteurs, exploiteurs, manipulateurs, sans projet,… Gageons que les noms d’oiseaux utilisés pour décrire la classe politique britannique seront diversement appréciés outre-Manche, tout comme cette rhétorique étrange qui tente d’expliquer que les Britanniques seraient sortis de l’Europe à la fois par idiotie et pour nuire à celle-ci.

ÉPOUVANTAILS DE DROITE ET DE GAUCHE

Outre la menace nationaliste, c’est un monde bien anxiogène que décrit notre président : celui du retour au passé, à la guerre et à la ruine, celui des stratégies agressives des grandes puissances, des ingérences des géants du numérique, des crises du capitalisme financier, de la fin de la civilisation européenne… tout l’arsenal des épouvantails de droite et de gauche y passe.

Dire d’abord ce qu’est l’Europe […] : la réconciliation d’un continent dévasté […] quel pays peut agir seul face aux stratégies agressives de grandes puissances ? Qui peut prétendre être souverain, seul, face aux géants du numérique ? Comment résisterions-nous aux crises du capitalisme financier sans l’euro, qui est une force pour toute l’Union ?

Et quelle est la solution proposée par Emmanuel Macron ? Tout simplement d’appliquer à toute l’Europe les mesures qu’il vient de mettre en place en France : combattre les fake news, taxer les GAFA, augmenter les normes, favoriser le protectionnisme, généraliser la protection sociale, le salaire minimal, les énergies renouvelables, la suppression des pesticides, augmenter les investissements publics… tout cela à travers un Grand débat organisé à l’échelle européenne.

… Agence européenne de protection des démocraties… interdire le financement des partis politiques européens par des puissances étrangères… bannir d’Internet, par des règles européennes… contrôle rigoureux des frontières… police des frontières commune et un office européen de l’asile… Conseil européen de sécurité intérieure… sanctionner ou interdire en Europe les entreprises qui portent atteinte à nos intérêts stratégiques… bouclier social… salaire minimum européen… prendre la tête du combat écologique…

Bref, à généraliser au niveau du continent tout ce qui plombe l’économie et la société française.

On comprend mieux le sourire pincé de Jean-Claude Juncker ou d’Angela Merkel en lisant ce florilège de bonnes intentions et de saintes croisades venant de la part d’un pays qui vit quasiment en état d’émeute quotidien depuis trois mois suite au ras-le-bol de ses citoyens envers sa politique fiscale. Un pays qui n’a jamais réussi à équilibrer un seul de ses budgets depuis 1974. Un pays qui a voté non en 2004 et dont la politique intérieure tourne autour de l’instrumentalisation de l’Europe à des fins électoralistes, tous partis confondus depuis au moins 40 ans.

QUELLE EUROPE ?

Oui l’Europe est en danger.

Mais le danger vient bien plus de pays comme la France qui considèrent qu’ils ont le droit de piocher impunément dans les poches des pays vertueux pour financer leurs gabegies budgétaires, leurs lubies idéologiques et leur clientélisme chronique. Avant de penser à uniformiser la distribution des surplus de productivité sous forme de politique sociale et de caprices environnementalistes, d’abord faudrait-il que les pays contribuent de manière équivalente à la valorisation de la monnaie commune.

Mais sur l’euro, pas un mot dans la tribune d’Emmanuel Macron. Pas plus que sur d’éventuelles solutions pour régler le problème de la dette qui fragilise l’Europe tout entière.

Pas un mot non plus sur la partie de poker menteur qui a lieu actuellement entre les USA et la Chine et dans laquelle l’Europe est reléguée au rang de simple spectateur. À croire qu’Emmanuel Macron n’a pas compris la nécessité de mettre en place un réel libre échange en remplacement du jeu actuel qui consiste à tricher sur les différences de productivité par le biais de taxes intérieures, de subventions, de franchises et de valorisation artificielle des monnaies.

Il suffit pourtant de commander sur n’importe quel marketplace asiatique un thermomètre culinaire ou une autre babiole électronique, de la voir expédiée par avion et livrée à domicile, le tout pour moins d’un euro, pour comprendre qu’il y a un souci quelque part.

UNE EUROPE SANS DÉFENSE ET SANS DIPLOMATIE

La France se trouve être, à la suite du départ de la Grande-Bretagne, le seul pays européen à posséder l’arme nucléaire, le seul porte-avion du continent (quand il n’est pas en cale sèche), les seuls sous-marins stratégiques et les seules forces armées capables de projection, même si celles-ci sont réduites à peu de chose.

Au lieu de prendre la main sur le sujet de la défense, Emmanuel Macron lance un appel au secours adressé aux Anglais et aux Américains. Et ce après avoir copieusement vilipendé le Brexit et les multinationales quelques lignes auparavant. Comme si la dernière colère de Donald Trump sur le financement de l’OTAN n’avait jamais eu lieu. Comme si les Anglais n’étaient pas sortis de l’Europe aussi pour assurer leur propre sécurité plutôt que de se voir désignés volontaires assujettis à assurer bénévolement celle des autres.

Rien non plus sur la politique extérieure, à part la proposition d’une ouverture vers l’Afrique qui n’intéressera que les pays méditerranéens. Comme si il n’y avait rien à l’ouest, à l’est, au Moyen-Orient, ou en Asie ; rien à part des menaces, des financements politiques occultes et des stratégies commerciales agressives. Étrange conception sélective de la diplomatie qui consiste à oublier ceux qui ne vous plaisent pas.

UN CONSTAT D’ÉCHEC

C’est le portrait d’une Europe repliée sur son passé et qui a peur de tout que nous livre Emmanuel Macron : peur des autres, peur des voisins, peur des migrants, peur du réchauffement climatique, du nucléaire, des pesticides, de la concurrence internationale, du nationalisme… Une Europe vieillissante et isolée. Une Europe sans autre projet que celui de protéger ses valeurs et ses frontières.

Une Europe dont les seuls sujets de préoccupation semblent être de conserver à tout prix les privilèges d’un État-providence payés à crédit. Une Europe obnubilée par ses petites lubies : le bio, l’intelligence artificielle, la chasse aux sorcières climatologiques…

Une tribune qui renforce l’impression d’un décalage immense entre les préoccupations des gens, entre les réels sujets et la politique nombriliste qui ne s’intéresse qu’aux sujets clivants pour lesquels il est facile de s’ériger en donneur de leçons de morale. Décalage et échec, dont la France est malheureusement devenue le symbole pour bon nombre d’Européens.

RETROUVER L’ESPRIT DE CONQUÊTE

Et pourtant, il y a aurait tant de choses à dire, tant de choses à faire pour l’Europe et les Européens dans le monde qui s’ouvre à nous !

Mais pour cela, il faudrait d’abord revenir sur cette soviétisation rampante qui a gagné nombre de pays et qui est devenue un réel cancer détruisant les forces vives du continent. Emmanuel Macron n’a clairement pas compris que si les Britanniques ont quitté le navire, c’est avant tout parce qu’ils ne voulaient plus être régentés par une administration bras armé des activistes et des idiots utiles du collectivisme.

Il n’a pas compris que la guerre froide était terminée depuis maintenant plus de 20 ans, qu’il était temps de tirer un trait sur l’écologisme idéologique, sur l’anticapitalisme primaire, sur le dirigisme centralisateur, sur toutes ces scories héritées des manipulations idéologiques instrumentalisées pour faire la guerre à l’Occident, pour nous faire la guerre… que l’on ne recréera pas l’URSS en Europe, que l’on ne protégera pas les États obèses avec un mur aux frontières, ni avec la prolifération d’agences, de lois et d’administrations.

Pour faire renaître l’Europe, il faut impérativement lui redonner l’esprit de conquête qui était le sien depuis des siècles. Revenir à une Europe des individus, des villages, des régions, des pays. Revenir à une Europe des spécificités régionales, culturelles, culinaires, linguistiques, architecturales, vestimentaires, scolaires, religieuses… plutôt que de vouloir imposer à tout prix un modèle uniforme et centralisé d’une utopie collective et collectiviste.

Retrouver cette liberté, cette diversité et cette aspiration spirituelle et culturelle qui a fait rayonner le continent à travers le monde et que l’utopie de vouloir créer un paradis des prolétaires a sauvagement ravagé, tout comme elle a ravagé la Russie, la Chine et bien d’autres pays.

L’unité de cette lutte réellement révolutionnaire de la classe opprimée combattant pour se créer un paradis sur la terre nous importe plus que l’unité d’opinion des prolétaires sur le paradis du ciel. – Lénine, Socialisme et Religion, décembre 1905

dimanche, janvier 27, 2019

Le libertarianisme pour les nuls


Par Sabine Lula.
(Actuellement étudiante en deuxième année à Sciences Po Rennes, issue de CPGE A/L histoire-géographie, Sabine Lula a habité dans plusieurs pays anglo-saxons).

Lorsqu’on arrive dans un Institut d’Études Politiques, il est normal de se retrouver confronté aux sciences politiques sous toutes leurs formes. Que ce soit par les cours, des rencontres avec des politiciens, des conférences, ou plus simplement par la culture générale ou un engagement militant très actif, on se doit dans un tel milieu d’acquérir une conscience – ou a minima une connaissance – de la vie politique française.

Or l’on peut observer que pour l’écrasante majorité de la population, la politique se définit presque exclusivement par la sacro-sainte distinction entre la droite et la gauche. Même les personnes qui se disent apolitiques se retrouvent forcément projetées dans l’une ou l’autre de ces catégories. Cela entre dans la suite logique du renforcement des gros partis avec l’avènement de la Cinquième République, autour desquels gravitent une multitude de petits partis, plus ou moins à gauche, plus ou moins à droite, aux idéaux écologistes, aux idéaux presque trotskystes, aux velléités indépendantistes ou aux discours eurosceptiques…

Il devient alors difficile de s’y retrouver dans cette jungle politicienne, mais l’aventure peut valoir le coût : non seulement notre culture générale en ressortira forcément enrichie, mais en plus, l’on peut découvrir des pensées très marginales, et pourtant déjà relativement construites, diverses et complexes. On se retrouve intéressé, en proie à la curiosité, et avant d’avoir eu le temps de réaliser, nous voilà à nous renseigner entre deux insomnies à propos du libertarianisme.

Libertarianisme ? Mais quelle est donc cette diablerie ?! Il est très probable que ce concept vous soit inconnu au bataillon, idem pour le mot lui-même. La définir précisément devient alors une tâche des plus ardues. Comme tout bon étudiant qui se respecte, le premier réflexe est de regarder sur le Net (ne mentez pas, c’est ce que nous faisons tous). Mais l’on peut vite déchanter lorsqu’on se retrouve seul face aux milliers d’informations sur lesquelles on tombe. Résumer une pensée construite sur près de deux cents ans, ça fait peur. On craint de laisser des plumes en étudiant ce drôle d’oiseau politique… mais en mettant du cœur à l’ouvrage, il est possible de faire le tri et de réaliser un portrait, qu’on espère le plus fidèle possible, de cette étonnante philosophie du droit.

QUELLE DÉFINITION DONNER AU LIBERTARIANISME ?

Tout d’abord, l’on tombe sur des définitions que nous donnent des dictionnaires en ligne ou des sites scolaires. Ainsi, le libertarianisme est « une philosophie pour laquelle une société juste est une société dont les institutions respectent et protègent la liberté de chaque individu d’exercer son plein droit de propriété sur lui-même ainsi que les droits de propriété qu’il a légitimement acquis sur des objets extérieurs » pour Wikipédia, « Une philosophie politique et économique (principalement répandue dans les pays anglo-saxons) qui repose sur la liberté individuelle comme fin et moyen » pour Larousse, ou encore « une philosophie tendant à favoriser au maximum la liberté individuelle, que celle-ci soit conçue comme un droit naturel ou comme le résultat du principe de non-agression. De ce fait, ses partisans, les libertariens, s’opposent à l’étatisme en tant que système fondé sur la coercition, au profit d’une coopération libre et volontaire entre individus » pour le site Wikibéral.

Croiser trois définitions différentes, cela peut suffire pour dégager les grandes lignes d’une idée. On pouvait s’y attendre au vu de son nom, la liberté – individuelle – y prend une place capitale, accompagnée d’une notion particulière de « droit naturel », autrement dit les droits de libertés et de propriétés légitimes. L’État apparait alors comme un danger planant au-dessus de ces libertés. Il convient de relever également le fait que les définitions précisent bien qu’il s’agit d’une philosophie, presque une éthique, voire un mode de vie, plutôt qu’un véritable mouvement politique comme on l’entend en France. On pourrait alors résumer tout cela par une phrase : « Fais ce que tu veux, de ce que tu as, avec ceux qui sont d’accord ».

Une fois cette définition simplifiée posée, l’on peut nous intéresser aux sites à tendance libertarienne, mais aussi aux sources journalistiques. On se retrouve alors confronté ou bien à des informations très détaillées (car réservées aux initiés), ou bien à des articles très peu exhaustifs, parfois au point de ne pas fournir le travail d’investigation attendu de la part d’un journaliste formé dans une grande école. Faire un travail de fond devient nécessaire, pour être sûr de saisir tous les tenants et aboutissants de ce drôle d’oiseau idéologique.

LE LIBERTARIANISME, UNE MAROTTE ANGLO-SAXONNE ?

Comme nous le précise la définition de Larousse, on remarque que ce schéma de pensée libertarien est particulièrement bien implanté dans les pays du Commonwealth. Et pour cause : l’utilitarisme et le pragmatisme, si chers à nos amis anglo-saxons, se reflètent en partie dans le Libertarianisme. L’Éthique de la Liberté, rédigé par Murray Rothbard, en est un exemple assez parlant. « Œuvre de toute une vie », ce livre de philosophie politique fut l’un des premiers à proposer une étude purement praxéologique de la liberté, avec une démarche se voulant raisonnée et logique. Les questions du droit naturel y sont soulevées, ainsi qu’une théorie de la liberté, et une dénonciation d’une influence trop forte de l’État, qui par définition est un obstacle aux libertés individuelles

Outre l’influence de grands intellectuels, parmi lesquels, en plus de Rothbard, nous pouvons citer Charles Murray, Robert Nozick ou encore Ayn Rand, le libertarianisme est également porté dans la sphère anglo-saxonne par la pop culture (l’exemple le plus connu étant la série américaine South Park). Ce « Soft Power libertarien » se traduit par une vague de plus en plus forte de phobie de l’État global, visible dans la multiplication de fictions dystopiques présentant un gouvernement central comme l’Ennemi Absolu, mais aussi dans l’influence des Anonymous ou de Wikileaks, ou encore dans la méfiance qu’a le citoyen moyen dans les médias (seulement 6 % des Américains auraient confiance dans les médias, selon un sondage de 2016).D’un point de vue économique, le libertarianisme privilégie l’approche de l’École autrichienne, avec un rejet de l’État-Providence et de l’interventionnisme économique, ce qui une nouvelle fois le rend naturellement compatible avec la mentalité anglo-saxonne. Et pour preuve, un sondage du Cato Institute estime dans une étude de 2017 qu’entre 20 et 22 % de la population américaine se considère comme libertarienne.
EXISTE-T-IL UN LIBERTARIANISME MADE IN FRANCE ?

La philosophie libertarienne semble donc particulièrement présente chez l’Oncle Sam. Mais qu’en est-il de son implantation en France ? Force est de constater que les idées libertariennes sont très méconnues dans le pays des droits de l’Homme, et pour cause : la mentalité française est davantage dans la persuasion que dans la conviction. On accorde davantage d’importance aux affects et aux sentiments, que nos amis Yankees relaient plutôt au second plan lorsqu’il s’agit de se lancer dans une démarche intellectuelle.

La factualité et le pragmatisme s’importent mal dans un pays où l’on aime avoir des opinions très tranchées et où on rejette la nuance. L’exemple de La Grève d’Ayn Rand est assez parlant : publié en 1957, ce livre écrit par une Américaine d’origine russe ne fut officiellement traduit en France… qu’en 2011. Et ce alors que, selon une étude de la bibliothèque du Congrès américain et du Book of the month club menée dans les années 1990, il s’agirait, après la Bible, du livre le plus influent aux États-Unis.

À cela s’ajoute la très forte conscience politique en France : il y a un grand amour de l’État, ainsi que de la législation, découlant directement du droit romain dont nous sommes encore aujourd’hui les héritiers. Là où la jurisprudence fait bien plus souvent office de loi dans ces systèmes voisins.

Si le bilan dressé en France apparaît de prime abord négatif, on réalise que certaines fondations majeures du libertarianisme moderne viennent tout droit de notre beau pays : la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 jette les bases de ce que l’on nomme aujourd’hui le droit naturel, et Frédéric Bastiat (1801-1850) bénéficie encore aujourd’hui d’une influence certaine et d’une renommée internationale. Mais ses thèses libérales ont tendances à être mal comprises, et donc rejetées par les économistes français modernes.

La méconnaissance du libertarianisme en France peut donc s’expliquer par cette véritable fracture de mentalité : elle illustre à quel point la culture intellectuelle saxonne peut être incompatible avec la française. Mais cela n’est pas une surprise. Après tout n’est pas pour rien que nous avons passé 800 ans à faire la guerre à nos voisins anglois.

D’ACCORD, MAIS CONCRÈTEMENT ? QUELLES SONT LES VALEURS LIBERTARIENNES ?

Pour le libertarien, l’individu lambda est comme Mélenchon : même s’il n’est pas parlementaire, sa personne n’en demeure pas moins sacrée. La société n’a en aucun cas à lui imposer quelque chose, surtout de façon coercitive, du moins tant qu’il ne contrevient pas lui-même au droit naturel d’autrui. Rappelez-vous : « Fais ce que tu veux de ce que tu as avec ceux qui sont d’accord ».

Ainsi, il est le seul décisionnaire de ses mœurs ou de ses actions, et la société n’a pas à le considérer comme étant un être à part pour cela. Il est régi par le principe de non-agression, et n’a le droit de faire preuve de violence qu’en cas de légitime défense, c’est-à-dire quand ses libertés, ou ses propriétés légitimes, sont menacées par quelqu’un d’autre.

Car oui, le libertarien considère, au même titre que la liberté, le droit de propriété comme étant sacré : les objets extérieurs, c’est-à-dire autres que son propre corps, (de l’argent, une maison, un vélo, des vêtements…) obtenus de façon juste, notamment par la vente, l’échange, le troc ou la donation, sont une véritable partie de son être, et ne doivent en aucun cas faire l’objet de dégradations gratuites ou de spoliations. Le libertarien va donc sur ce point s’opposer au libertaire, son très lointain cousin anarchiste qui, lui, prône le partage égalitaire des richesses et des ressources naturelles, tout comme au liberal (terme utilisé en anglais pour désigner un individu aux valeurs socialistes).

Hormis ces constantes qui définissent le libertarianisme, il est particulièrement difficile de dresser un « tableau des valeurs moyennes » des individus libertariens. Tout simplement car leur individualité passe avant le groupe dans lequel on les classe.

Le libertarien apparaît donc dans la majorité des cas un « anti-communautaire », considérant que les particularités d’un individu (sa couleur de peau, son sexe, ses convictions morales et/ou religieuses, etc…) ne doivent en aucun cas ni le priver de ses droits naturels, ni servir de prétexte pour le déresponsabiliser de ses actions, ni à obtenir des privilèges par rapport aux autres. En d’autres termes ? « Le plus grand bonheur de toute minorité : être considérée comme tout le monde, par l’absence d’attention particulière et le plein respect de sa normalité » (Stéphane Geyres).

L’épisode « L’inqualifiable crime de haine de Cartman » de South Park (saison 4 épisode 2), série réalisée par les libertariens Trey Parker et Matt Stone, démontre dans une séquence l’absurdité des Hate Crime Laws, et en quoi elles limitent la véritable égalité entre les individus.

Certes, tout ceci reste encore relativement abstrait, surtout pour quelqu’un de non-initié. Mais heureusement, l’on peut facilement retrouver des documents mis en ligne par les Partis libertariens américains. Celui de la branche californienne a par exemple rendu disponible un schéma qui illustre les valeurs sociétales qu’ils prônent au quotidien.


On observe alors rapidement que le libertarianisme serait une fusion (au sens dragonballien du terme) entre des idéaux économiques abusivement classés à droite (économie de libre-échange, absence d’interventionnisme économique…) et des idéaux sociétaux abusivement classés à gauche (liberté totale d’expression, de culte, liberté sexuelle…).

On peut donc à tort penser qu’il s’agit là d’un « extrême centre », que résume d’ailleurs assez bien le slogan de campagne de Tim Moen (candidat libertarien aux législatives canadiennes 2014) : « Je veux que les couples mariés gays puissent défendre leurs plants de marijuana avec leurs fusils » (d’où le détournement graphique en bandeau de l’article). Or, ce serait faire abstraction de la volonté très forte, quasi viscérale, de se débarrasser du Big Gov et de l’État. C’est oublier qu’il s’agit, du moins en partie, d’un anarchisme, ayant pour volonté première la liberté individuelle : « Ni Dieu ni Maître, sauf si on veut en choisir un nous-mêmes ».

UNE PHILOSOPHIE ANTI-ÉTATISTE ? MAIS ALORS, POURQUOI DES PARTIS ?

Les velléités anarchistes (ou minarchistes) du mouvement peuvent en effet rendre la simple existence de partis libertariens paradoxale. Cependant, nos anti-étatistes préférés savent la justifier : le but premier n’est pas tant de se réunir en organisation politique pour satisfaire des volontés interventionnistes, mais plutôt de pouvoir se regrouper, obtenir une certaine force du nombre afin de pouvoir revendiquer le respect de ses droits naturels.

C’est donc en partie sous le principe de « l’Union fait la force » que l’on a vu dès les années 70 se former des Partis libertariens aux États-Unis, puis en Nouvelle-Zélande et en Pologne dans les années 90. Il faudra attendre les années 2000-2010 pour que le phénomène s’implante en Europe continentale, avec des partis créés en Suède en 2004, en Allemagne en 2009, en Belgique en 2012 et en Suisse en 2014. La France n’est cependant pas en reste, avec la fondation très récente d’un Parti libertarien français en avril 2017.

Ces partis singuliers se font principalement connaître sur Internet, par leurs sites officiels, ou encore des sites parallèles dont l’ambition première est de partager le point de vue des libertariens sur l’actualité (comme le Magazine Reason, qui a près de 450 000 abonnés sur sa page Facebook). Comme ils se plaisent à le dire, leur but est moins de contrôler les gens que de réclamer pour eux-mêmes une plus grande liberté, et donc une réduction de l’État centralisé. Il s’agit là de mener un « combat contre l’ennemi », les étatistes, mais en leur faisant face avec leurs propres armes.

D’ailleurs, comme tout mouvement, c’est autour de divers symboles que se réunissent les sympathisants libertariens. L’un des plus célèbres d’entre eux, le Gadsden Flag, présente un serpent à sonnette noir sur un fond jaune, les deux couleurs associées aux mouvements libertariens. Ce drapeau très ancien, qui remonte à Benjamin Franklin, porte la mention « Don’t tread on me », que l’on pourrait traduire par « Ne me marche pas dessus », ou encore « Bas les pattes ». Le choix du serpent à sonnette n’est pas anodin : animal inoffensif pour l’homme, il n’initie jamais le combat et se montre agressif uniquement si on l’attaque. Il semble donc bien représenter les valeurs libertariennes de droits naturels et de principe de non-agression.

D’autres animaux ont été choisis à travers le globe pour représenter les mouvements libertariens : si le serpent a été conservé en Belgique, nos amis Yankees lui ont préféré le hérisson, qui tente comme il peut de faire face à l’âne démocrate et l’éléphant républicain.

C’est cependant un oiseau qui décore le logo du tout récent Parti libertarien français, ou encore le drapeau officiel du Liberland, micro-Nation autoproclamée entre les frontières serbes et croates. Malgré sa non-reconnaissance par l’ONU, le Liberland, « un État avec le moins d’État possible » fondé le 13 avril 2015, a enregistré plus de 300 000 candidatures à la citoyenneté dès juin 2015. Ce projet ambitieux et farfelu de créer des nations libertariennes ouvertes à tous est également un symbole qui peut rassembler, parfois avec plus de force que les partis eux-mêmes, des libertariens du monde entier.

MAIS S’ILS SONT DÉJÀ AUSSI NOMBREUX, COMMENT ÇA SE FAIT QU’ON N’EN ENTENDE PAS PLUS PARLER ?

Il est vrai que ce que l’on pourrait abusivement appeler un Homo Libertarianicus n’est pas une espèce très répandue, du moins dans la sphère publique française. Plusieurs raisons peuvent être soulevées : tout d’abord, et vous vous en êtes sûrement rendus compte à la lecture de cet article laborieux, la philosophie libertarienne est d’une complexité singulière, dont les premiers fondements dateraient de la toute fin du XVIIIe et des Lumières. Or, s’il est très difficile d’appréhender une pensée qui s’est continuellement construite depuis plus de 200 ans, il l’est encore davantage de réussir à bien la vulgariser et à la rendre accessible au citoyen lambda.

De plus, le libertarien, en accord avec sa philosophie, n’est pas du genre à la partager avec ceux qui ne le souhaitent pas. Il n’est pas constamment à évangéliser comme le feraient d’autres groupes militants, bien qu’il soit tout à fait disposé à expliquer son opinion lorsque c’est nécessaire ou que ça lui est demandé. Cela est d’autant plus vrai en France où le mouvement reste encore marginal, et où la faible diffusion de cette philosophie rend sa compréhension difficile.

Si l’on veut saisir tous les tenants et les aboutissants de ce schéma de pensée, il devient donc nécessaire d’entreprendre un travail de recherches et de lectures personnels…



Sur le web

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dimanche, décembre 30, 2018

Le capitalisme, seule solution pour sortir de la pauvreté et être libre


Ceci dans la droite ligne de l'article précédent sur ce dont l'Afrique a besoin pour se développer. J'ai dit "l'Afrique" ? Mais pourquoi donc aller si loin, c'est bien de cela dont la France elle-même a cruellement besoin!
Quel esprit clairvoyant pourrait dire le contraire. Et si en France nous en sommes là, c'est que le statu quo ante actuel en arrange bien quelques uns. Heureusement que l'épisode des Gilets Jaunes a commencé à mettre les pieds dans le plat. Rien ne sera plus comme avant, demain, en France.

Par Chris Hatting, analyste for The Free Market foundation ↩

On a essayé le collectivisme, sous toutes ses formes, malheureusement cela a échoué dans le monde entier. Cela ne pourrait jamais fonctionner même si l’on changeait les personnes responsables de sa mise en œuvre. C’est un système défaillant, à la fois conceptuellement et moralement et qui en plus cause trop de morts. Pourtant, l’Afrique du Sud semble attirée par cette voie. La croyance en la redistribution de la richesse et le choix récent de l’expropriation sans indemnisation, sont quelques indices qui témoignent d’une volonté d’étendre le pouvoir de l’État au détriment de l’individu. Il est urgent pour l’Afrique du Sud de retrouver la voie du capitalisme.

QU’EST-CE QUE LE CAPITALISME ?

Le capitalisme, c’est avant tout la protection des droits individuels et des droits de propriété. Le capitalisme signifie la diversité humaine. Le capitalisme signifie aussi un système basé sur une vraie concurrence. Les Sud-Africains ont été opprimés par l’État de différentes manières, il est donc temps de leur permettre de bénéficier du capitalisme.

Dans son ouvrage Le capitalisme : l’idéal inconnu, Ayn Rand définit le capitalisme comme étant « Le seul système social fondé sur la reconnaissance et la protection des droits de l’individu et, partant, le seul système interdisant la coercition des relations sociales ».

L’Afrique du Sud ne peut pas avoir une économie viable avec une croissance réelle à long terme, si les gens ne sont pas libres d’entreprendre, et, dans l’état actuel des choses, nous ne le sommes pas car l’État dresse toujours plus d’obstacles devant nous.

Un système dans lequel les populations se disputent les faveurs et les offrandes du gouvernement n’a rien à voir avec le capitalisme. Un système dans lequel entreprises et particuliers sont écrasés par des montagnes de bureaucratie et de tracasseries administratives n’est pas du capitalisme.

Un système dans lequel des entreprises (essentiellement publiques) sont renflouées par le gouvernement ou sont protégées de la concurrence par le gouvernement n’est pas du capitalisme. C’est ce que l’on appelle le capitalisme de copinage qui n’est rien d’autre qu’un système reposant sur la corruption.

Actuellement, l’Afrique du Sud est dans ce que l’on pourrait qualifier d’économie mixte : un mélange de liberté et de nombreux contrôles. Ayn Rand a décrit un pays à économie mixte comme étant : « En voie de désintégration, une guerre civile de groupes de pression se pillant et se dévorant les uns les autres ». Tant que nous aurons ce capitalisme dénaturé, tout groupe plus puissant exploitera les ressources de l’État pour son propre bénéfice.

LE COPINAGE MALSAIN

Plus l’État grandit, plus il nous contrôle pour conserver sa position. Il n’aime pas la concurrence, en témoigne les entreprises publiques Eskom et SAA, qui ont été protégées et renflouées d’innombrables fois, à des coûts énormes pour les Sud-Africains et pour l’ensemble de l’économie.

Dans un système capitaliste, lorsqu’une entreprise échoue, elle doit en supporter les conséquences : il n’y a pas de plan de sauvetage payé par les contribuables. Peu importe qui dirige le gouvernement à un moment donné, le groupe au pouvoir aura toujours ses favoris, et plus le pouvoir de l’État sera étendu, plus les abus seront nombreux.

L’OBSESSION DE LA REDISTRIBUTION

Le capitalisme est le seul système qui garantit les droits de propriété. Chaque personne doit être libre de cultiver sa propre richesse, pour son propre intérêt. Penser que la richesse d’un pays est fixe, qu’elle doit être divisée de manière à ce que chacun reçoive sa juste part est un raisonnement incohérent. Nous devons raisonner au niveau individuel, pas en termes de groupes arbitraires divisés sur la base de race ou la richesse. Si chacun peut créer de la richesse, la richesse nationale augmentera drastiquement et tout le monde sera plus riche.

L’ÉTAT BARREUR DE ROUTES

Dans le même ordre d’idées, limiter la liberté individuelle signifie que les gens s’enfoncent davantage dans la pauvreté, car ils ne peuvent pas se libérer de l’emprise de l’État et perdent ainsi du temps et de l’argent à se débattre pour avancer. Plus l’État est intrusif, plus le mal est grave. Ainsi, l’Afrique du Sud, comme d’autres pays du continent, devrait marcher vers le capitalisme et la liberté, et rompre avec le socialisme et la décadence.

Accorder aux gens la liberté de commercer est radical. Permettre la création de nouvelles entreprises, exemptes de toute réglementation, est radical. Reconnaître les gens comme des individus différents, capables de rechercher leur propre bonheur tel que défini par eux-mêmes, est radical. Le collectivisme est le choix de ceux qui considèrent l’État comme notre sauveur, et constitue l’antithèse même de ce qui est radical. Le capitalisme est le seul choix radical positif pour les Sud-Africains et l’Afrique en général.


*** Ayn Rand by Scott Beale(CC BY-NC-ND 2.0) — Scott Beale, CC-BY

mercredi, décembre 26, 2018

Les 4 facteurs expliquant la faible compétitivité de l’Afrique


La concurrence, la propriété privée et la lutte contre la corruption sont des priorités pour permettre le développement du continent le plus pauvre de la planète.

Par Ibrahim Anoba.

Un article de Libre Afrique

Dans le dernier rapport sur la compétitivité mondiale, sur les indicateurs responsables de la productivité et de la croissance à long terme, les pays africains sont mal classés. Sur les 140 pays étudiés, l’économie africaine la mieux classée est Maurice au 49ème rang, puis l’Afrique du Sud à la 67ème place. La majorité des autres pays africains croupissent dans le tiers inférieur du classement. Cette médiocre performance, sur l’un des principaux indices de mesure du progrès économique, confirme la situation déplorable dans laquelle se trouve l’économie africaine, du moins en ce qui concerne le passé récent. Il y a quatre principaux facteurs à l’origine de ce déficit de compétitivité.


DES MARCHÉS PERVERTIS PAR LES MONOPOLES

La principale raison pour laquelle il est difficile pour les pays africains d’intégrer la moitié supérieure de ce classement réside dans les monopoles sur les marchés. Les économies concernées entretiennent, à des degrés divers, des relations malsaines entre les hommes politiques et les hommes d’affaires, ce qui favorise le contrôle des moyens de production par un petit nombre d’entreprises.

La meilleure situation devrait être un espace ouvert permettant aux entrepreneurs ou aux entreprises intéressés de se faire concurrence. Malheureusement, nous trouvons actuellement des secteurs clés, notamment les transports, le pétrole et l’énergie, où le gouvernement est le seul fournisseur. Dans les rares cas où l’offre est privée, les prix et les quantités sont dictés par les grandes entreprises avec la complicité des hommes politiques corrompus. Cela élimine effectivement la concurrence nécessaire pour améliorer la capacité du marché à répondre à la demande au moindre coût pour les consommateurs africains, qui ont les revenus les plus faibles au monde. Cela se traduit également par la perte de liberté de choix du consommateur. Celui-ci n’ayant guère d’option pour rejeter les termes d’échange, l’effet disciplinaire sur le producteur est affaibli, d’où le déclin de ces économies au fil du temps.

UNE FAIBLE INNOVATION

Le grand avantage d’un marché concurrentiel est de favoriser l’innovation, ce processus de génération d’idées visant à maximiser les gains tirés des investissements. Alors que le reste du monde met régulièrement à jour ses dernières innovations en matière de robotique et d’intelligence artificielle, aucun des pays africains mal classés n’a réussi à intégrer la science et la technologie dans ses systèmes éducatifs, ce qui pénalise divers secteurs de l’économie. Par exemple, l’agriculture, qui contribue le plus au PIB du continent, n’est toujours pas assez mécanisée. Les dirigeants de ces pays doivent déjà savoir que la modernisation d’un secteur important comme l’agriculture devrait être le premier de leur programme économique s’ils veulent vraiment être compétitifs.

UN ENVIRONNEMENT DES AFFAIRES HOSTILE

L’environnement des affaires dans la plupart des régions du continent est loin des standards minimums. Cela signifie, en particulier, que les lois et réglementations régissant le business sont considérées comme hostiles en Afrique. Par exemple, le démarrage d’une entreprise ou l’enregistrement d’une propriété dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne prend généralement plus de temps qu’ailleurs. Bien qu’il s’agisse d’un effort qui ne devrait normalement pas dépasser un à trois jours ouvrables, au Nigéria, par exemple, il faut généralement six semaines pour enregistrer une entreprise ; il en va de même pour le Cameroun, alors que dans des pays comme la RD Congo, le Niger et le Burundi, cela peut prendre encore plus longtemps.

C’est l’une des raisons pour lesquelles l’Afrique subsaharienne est reconnue comme le pire endroit pour les entrepreneurs. Par conséquent, ces lenteurs bureaucratiques sont un handicap majeur pour la compétitivité d’une économie. De même, avec la concurrence biaisée entre les entreprises publiques, les grandes entreprises et les micros-petites entreprises, il n’est pas étonnant que l’Afrique soit mal classée.

Par ailleurs, la bureaucratie, conjuguée à la faible protection de la propriété privée, complique le processus de prise de décision pour les acteurs de la chaîne de valeur tels que les agriculteurs, les commerçants locaux et les consommateurs. En fin de compte, la valeur ajoutée qu’elles créent est assez faible. Ces problèmes pourraient être évités si les gouvernements africains cessaient tout simplement d’imposer des réglementations rigides et inutiles. Toutefois, comme il est peu probable que cela se produise de si tôt, l’environnement commercial restera hostile.

UN FAIBLE CAPITAL HUMAIN

La capacité d’un travailleur africain moyen à contribuer de manière significative au processus de marché est restée relativement stagnante pendant des décennies. En effet, tandis que la population de jeunes continue de croître, la disponibilité des opportunités d’emplois ne suit pas la même cadence. Selon le récent indice de capital humain de la Banque mondiale, la valeur marchande de l’ensemble des compétences d’un travailleur africain moyen est parmi les plus basses du monde. Cela a créé un large fossé entre les compétences disponibles et les profils demandés par les employeurs. C’est aussi la raison pour laquelle 70% de la main-d’œuvre du continent se trouve dans le secteur agricole.

Pendant ce temps, l’éducation reste la clé de la productivité humaine. En fait, plus les pays investissent dans l’enseignement technique, plus leur économie devrait s’améliorer dans les domaines de la science et de la technologie. Pour les pays africains concernés, la prochaine étape dans l’amélioration de leur capital humain consiste à investir davantage dans l’éducation. D’autres besoins, tels que la santé, la sécurité et la nutrition, disparaîtront une fois que les améliorations apportées à l’éducation et la facilité des affaires entreront en ligne de compte.

jeudi, novembre 01, 2018

Pour en finir avec la politique, une fois pour toutes.



Par Thierry Falissard.

Même l’individu le plus allergique à la politique est obligé de s’intéresser à elle, ne serait-ce que parce que, elle, sans lui demander son avis, s’intéresse toujours à lui. Chaque jour, le citoyen averti doit s’informer et suivre les nouvelles, pour savoir ce qu’une « majorité » de ses concitoyens, ou leurs représentants, ont décidé pour lui.

LE PROBLÈME MAJORITAIRE

Mais vous êtes-vous déjà demandé pourquoi les décisions, en démocratie, se font au scrutin majoritaire ? Qui a décidé que ce serait le mode définitif de désignation de nos « représentants », et même le mode unique pour aboutir à certaines décisions politiques importantes (par référendum, ou initiative populaire) ? Pourquoi une majorité (absolue, qualifiée, relative…) plutôt qu’une unanimité ? Sur quelle base légitime repose donc le suffrage universel, « principe d’expression de la volonté populaire » ?

La réponse à cette question est simple : il ne repose sur rien ! Le philosophe Friedrich Nietzsche le remarquait déjà au XIXe siècle et s’en étonnait :

« Une loi qui détermine que c’est la majorité qui décide en dernière instance du bien de tous ne peut pas être édifiée sur une base acquise précisément par cette loi ; il faut nécessairement une base plus large et cette base c’est l’unanimité de tous les suffrages. Le suffrage universel ne peut pas être seulement l’expression de la volonté d’une majorité : il faut que le pays tout entier le désire. C’est pourquoi la contradiction d’une petite minorité suffit déjà à le rendre impraticable : et la non-participation à un vote est précisément une de ces contradictions qui renverse tout le système électoral ». (Humain, trop humain, III-276)

Il semble donc que l’on ait « sauté une étape » dans le processus censé établir la légitimité d’une décision collective − processus pudiquement laissé de côté par tous les constitutionnalistes, ou réglé sommairement par la fiction du « contrat social ».

C’est évidemment très commode pour le politicien : un vote à l’unanimité a peu de chances d’aboutir, car une décision politique se fait presque toujours au détriment au moins d’une personne, et celle-ci ne sera pas encline à voter contre ses intérêts ; avec un vote à la majorité, au contraire, le politicien a la voie libre pour s’approprier les bénéfices de la décision « majoritaire ».

Cette étonnante « immaculée conception » du scrutin majoritaire, pilier de la démocratie, ne sera jamais qu’une préoccupation accessoire laissée aux théoriciens scrupuleux, car l’action du politicien repose tout entière sur cette fiction qui la légitime et qu’il ne remettra pas en cause !

L’ILLUSION DE LA VOLONTÉ GÉNÉRALE

On connaît les objections des démocrates à cet argument d’illégitimité de la démocratie : il existe selon eux une « volonté générale » qui diffère des « volontés particulières », et Rousseau affirmait déjà, dans son Contrat social :

Chaque individu peut comme homme avoir une volonté particulière contraire ou dissemblable à la volonté générale qu’il a comme citoyen. Son intérêt particulier peut lui parler tout autrement que l’intérêt commun.

Le problème de la décision collective se trouve donc bizarrement résolu par l’affirmation (évidemment improuvable) d’une schizophrénie de la volonté individuelle, partagée entre son intérêt particulier et un « intérêt général » qui la dépasserait mais auquel elle participerait cependant, d’une manière assez mystérieuse, comme si elle était deux personnes en une seule. La question qui s’ensuit, en admettant cette schizophrénie comme un fait de nature (puisque « l’homme est un animal social »), est celle-ci : cette « volonté générale » existe-t-elle vraiment, ou n’est-elle qu’une fiction à l’usage des politiciens ?

Les mathématiques ont répondu à cette question par le théorème d’Arrow : il est impossible de définir de façon cohérente une préférence collective en agrégeant des préférences individuelles. Les conséquences de ce théorème sont paradoxales, et pour le moins inattendues : la politique est condamnée dans toutes ses prétentions, et, « en même temps », c’est un gigantesque boulevard qui s’ouvre devant elle !

D’une part, le théorème établit définitivement que la démocratie est « une chimère logiquement auto-contradictoire » (selon les mots de l’économiste Paul Samuelson) ; d’autre part, comme le remarquait Henri Lepage (en 1978, dans Demain le capitalisme), il ouvre la voie à un étatisme conquérant et illimité (« sûr de lui et dominateur », aurait pu dire un personnage célèbre), puisque, selon l’interprétation politicarde en vigueur de nos jours, l’intérêt général, ne pouvant être défini collectivement, mais supposé tout de même « exister quelque part », doit nécessairement, de ce seul fait, être confié à une élite qui le définira et agira en conformité avec lui.

LA LOI D’AIRAIN DE L’OLIGARCHIE

On tombe alors sur un autre écueil : la fameuse « loi d’airain de l’oligarchie » (Robert Michels), qui repose sur ce non sequitur signalé plus haut, jamais remis en question de nos jours, découlant de l’existence supposée d’un intérêt général ! Donnons le pouvoir à « ceux qui savent », laissons-les régir notre vie, puisque « le Pouvoir est commandement, et tous ne peuvent commander », comme le rappelait Bertrand de Jouvenel, ce nationaliste venu sur le tard au libéralisme.

Inutile de préciser que, la volonté générale et l’intérêt général étant indéterminables, en pratique c’est l’intérêt particulier du politicien qui décide de tout, et qui est la seule clé – avec l’idéologie, de façon subsidiaire – capable d’expliquer ses décisions (théorie du choix public).

Pour noircir encore le tableau, il faut bien reconnaître que l’impunité dont jouit le politicien, avec les autres avantages de la fonction, attire les éléments les plus immoraux de la société : c’est le règne de l’inaptocratie, de la cleptocratie, de la cheiristocratie, de la statolâtrie, masquées derrière le prétexte de la démocratie. Peu importe in fine que le « peuple » prétendument souverain finisse par être en désaccord avec les « représentants » qu’il élit (eux-mêmes en désaccord avec l’appareil d’État, lui-même en désaccord avec certaines instances internationales, elles-mêmes en désaccord entre elles…) : il y aura toujours quelque part quelques oligarques bien placés pour tirer les marrons du feu, et faire payer leurs décisions au reste de la population, au nom de l’indéfinissable « intérêt général ».

Toute la politique repose ainsi sur une fiction, mais cette fiction ne saurait être sous-estimée dans ses conséquences pratiques : car elle aboutit à la spoliation légale du citoyen, au capitalisme de connivence (certaines entreprises ou organisations représenteraient le fameux « intérêt général », et d’autres non), à l’accroissement indéfini de la dette publique (nécessaire pour satisfaire les promesses électorales faites à la « majorité »), à la suppression des libertés les plus élémentaires − notamment la liberté d’expression, de plus en plus mise à mal dans notre Occident prétendument « libéral ». Il suffit au politicien de brandir l’étendard de l’intérêt général, agrémenté d’autres concepts collectivistes tout aussi vagues (solidarité, citoyenneté, pacte républicain, cohésion ou paix sociale, justice sociale), pour écraser sans remords et sans recours la liberté individuelle.

LÉGITIMITÉ DÉMOCRATIQUE

Les décisions démocratiques (ainsi que les législations et les actions étatiques qui en découlent) peuvent être complètement injustes et criminelles (l’histoire du XXe siècle le prouve assez), le démocrate n’en a cure, car toute contestation semble étouffée dans l’œuf. On découvre là le seul « avantage » de la démocratie : les décisions politiques semblent être mieux acceptées par l’ensemble de la population, car elles émanent (ou paraissent émaner) d’un grand nombre de personnes et non d’un unique « dictateur » qui imposerait une volonté unique (au risque de conduire à des révoltes ou à une guerre civile).

Ce n’est pas la « justice » qui règne, mais la loi du plus fort, le plus fort numériquement (démocratie) plutôt que le plus fort physiquement (dictature). Là encore, un autre théorème, celui de l’électeur médian, montre l’inanité de ce point de vue : à supposer que la légitimité provienne d’une majorité numérique (ce que l’on a déjà contesté plus haut), cette majorité est de toute façon fictive, l’élection étant faite par le seul « électeur médian », les autres électeurs ayant voté pour la moins pire des solutions à leurs yeux, et non selon leur vœu profond.

Cela ne signifie pas pour autant qu’un grand nombre d’électeurs ne s’accommodent pas de la situation politique et sociale du pays, car elle peut servir leurs intérêts, au moins sous certains aspects. On peut comprendre par exemple qu’une augmentation de la charge fiscale ne gêne pas une majorité de personnes, celles qui échappent à l’impôt sur le revenu (près de 60 % en France).

On voit ici la « magie » de la démocratie, ou plutôt son vice principal, qui est que les décideurs ne sont pas les payeurs, et les payeurs ne sont pas les bénéficiaires. Le suffrage censitaire (« celui qui commande doit être aussi celui qui paie ») avait tenté de remédier à ce « défaut majeur » de la démocratie, sans voir que c’est la démocratie elle-même qui constituait le défaut majeur !

LA RÈGLE D’OR DU LIBÉRALISME

La seule règle libérale admissible serait que « chacun décide des choses qui le concernent avec ses seuls moyens ». Cette exigence signe-t-elle la fin de toute entreprise collective, qui se trouverait incapacitée par un « atomisme social » et un « chacun pour soi » individualiste (accusation classique formulée par les collectivistes) ? Non, cela signifie seulement que toute entité collective capable de décision devrait reposer sur le consentement de chacun de ses membres, et que l’on ne puisse être impliqué de force dans une décision collective au prétexte que l’on est né ou que l’on réside dans un pays donné, que l’on soit homme ou femme, riche ou pauvre, votant ou abstentionniste, étranger ou natif, etc.

Faut-il pour cela adopter la règle si contraignante de l’unanimité, qui permet à n’importe qui de bloquer toute décision collective ? Pas nécessairement, du moment que les décideurs sont aussi les payeurs, et que ceux qui s’opposent à une décision donnée ne soient pas obligés de payer pour elle.

On voit le changement extraordinaire que cela entraînerait dans la vie publique : les décisions collectives perdraient de leur arbitraire, et ce à tous les échelons de la société. À l’échelon local, des équipements généralement non rentables (piscines, médiathèques, terrains de sport, etc.) seraient financés uniquement par les personnes intéressées et non par « la collectivité ».

LA RUINE DES POLITICIENS PROFESSIONNELS

Les financeurs détiendraient une part de la propriété collective, comme cela se fait pour une entreprise détenue par des actionnaires. À l’échelon national, des projets « sociaux » de grande envergure, par exemple l’instauration d’une allocation universelle, seraient financés uniquement par leurs partisans. Ce serait la fin de cette règle budgétaire si commode pour les étatistes, qui interdit l’affectation des recettes aux dépenses (l’État s’arroge le droit de faire ce qu’il veut de la masse d’impôts collectés).

On voit que cela provoquerait la ruine des politiciens de carrière, la fin de la démagogie électorale et des promesses inconséquentes, de la fiscalité envahissante, de l’endettement public effréné. Et, à l’encontre d’une « unité nationale » factice et artificielle, cela permettrait le développement de communautés responsables partageant des intérêts communs (idéologiques, religieux, culturels, géographiques, ethniques, etc.) et capables de mener des projets sans l’intervention d’un État pour les régenter et les financer. Après tout, pourquoi empêcher le socialiste, le communiste, le nationaliste, le théocrate, etc., d’organiser son utopie avec ceux qui le veulent bien, tant qu’il ne gêne pas les autres ?

RÉSOUDRE LE PROBLÈME D’ORGANISATION

Est-ce que cela complexifierait les décisions politiques, puisqu’il faudrait répertorier, pour le moindre projet collectif, ses partisans-financeurs, tous différents d’un projet à l’autre, et aléatoirement répartis dans la population ? C’est là un problème d’organisation tout à fait surmontable, et l’informatique pour cela existe déjà – Internet nous rendant tous « hyperconnectés » et permettant d’organiser des communautés virtuelles ; la technique informatique continue d’ailleurs à s’améliorer pour gérer les droits de propriété sans intermédiaire (on pense ici à la blockchain, aux contrats intelligents, etc.).

L’objection principale à ce tableau idylliquement libertarien est connue, et les collectivistes ne se font faute de la rappeler : il s’agit du problème du « passager clandestin » (free rider). La piscine « publique », financée par quelques-uns, bénéficiera à tous, même à ceux qui n’ont pas participé à son financement.

Le magnifique feu d’artifice tiré lors de la fête nationale, financé par notre bon État si généreux (« je brûle l’argent qui n’est pas le mien »), peut être contemplé même par les badauds qui ne l’ont pas financé (sans parler des touristes de passage). De même, les ouvrages publics, utilisés par tous, ne pourraient être financés par quelques-uns. Telle est l’arme ultime de l’étatiste, quand il daigne renoncer à ses arguments moraux préférés et à sa conception holiste de la société.

Mais c’est là un argument purement « technique » relativement facile à contrer, car différents procédés existent pour gérer les prétendus « biens publics » sans intervention étatique tout en éliminant le « passager clandestin ». La solution peut consister simplement à faire payer les biens publics à proportion de l’usage qu’en fait le consommateur – consommateur qui peut aussi être copropriétaire du bien public, notons-le.

LE VRAI PRIX DES BIENS PUBLICS

L’accès à la piscine « publique » sera payant, libre au propriétaire collectif de fixer un coût adapté : un coût (peut-être élevé) qui lui rapportera un bénéfice s’il est une entreprise, ou un coût très modique qui ne lui rapportera aucun bénéfice s’il s’agit d’une structure associative vivant des cotisations de ses membres. On découvrira ainsi le « vrai prix » de nombreux dispositifs collectifs présentés ordinairement comme « gratuits » et d’intérêt public.

L’idée est valable quelle que soit l’échelle à laquelle le « bien public » est déployé. Est-ce que cela peut s’appliquer par exemple aux routes, actuellement payées par le contribuable mais utilisées sans restriction par le premier véhicule qui les emprunte ?

En attendant que la technologie permette un jour de mesurer l’usage exact que fait l’automobiliste de la moindre route de campagne (en vue de facturer cet usage), un dispositif plus rudimentaire existe déjà : les péages. Ainsi l’accès aux autoroutes en Suisse est ouvert au monde entier… à condition de payer une vignette autoroutière (introduite en 1985, elle donne un droit d’accès au réseau routier national pour une durée d’une année).

Sans doute, admettons-le, existe-t-il des cas de figure où le problème du « passager clandestin » est insoluble (nous ne parlons pas ici des « externalités », qui sont un faux problème).

Par exemple, il paraît difficile de répercuter sur un « consommateur » quelconque le coût d’un dispositif de défense aérienne géré par une armée nationale et couvrant le territoire national… Mais l’anarcho-capitaliste dira qu’il s’agit là d’un simple problème d’assurance, et qu’une telle assurance pourrait être rattachée « localement » à une assurance-habitation, ou gérée à un échelon supérieur (communauté de propriétaires, ville privée…), ou simplement ne pas être traitée car il s’agit d’un faux problème.

Le minarchiste prudent exigera au minimum que ce problème du « passager clandestin » soit explicité par l’État dans ce cas précis, que l’on explique à la population pourquoi l’on n’a pas de solution privée, sans recours à la fiction de l’intérêt général pour évacuer le problème d’emblée et généraliser l’emprise de l’État sur la société civile en fermant la porte à toute alternative.

Le sujet de la « défense nationale » ne constitue pas nécessairement une exception, l’histoire ayant montré qu’un certain individualisme mal ou médiocrement organisé (guérillas, organisations de résistance contre un envahisseur étranger, armées privées ou de milice…) peut se montrer plus efficace que de grandes organisations étatiques gérant des armées « napoléoniennes ».

L’INTERLOCUTEUR UNIQUE

Une dernière objection que l’on peut formuler contre cet éclatement de la politique oligarchique et dirigiste qui découlerait de l’exercice libre et indépendant des volontés individuelles coalisées dans le domaine qui leur est propre, est l’exigence d’« unité de la volonté », dernière ligne de défense de l’oligarque. De même qu’une armée ne peut avoir qu’un seul chef pour la commander, l’État ne peut avoir qu’un seul dirigeant à sa tête (une seule personne ou du moins un seul collectif affichant une volonté unique).

Sinon, faute d’un interlocuteur unique, que deviendrait par exemple la « politique étrangère » ? Mais cette « unité de la volonté » au niveau d’un pays est tout aussi fictive que l’intérêt général. Il convient, plutôt que de s’en remettre indifféremment à une oligarchie (élue ou non), d’analyser de quelle « volonté » il s’agit, car une telle volonté n’est jamais monolithique, elle est complexe et multiple. La décision centrale serait remplacée par une coordination des seuls intérêts concernés, une fois qu’ils ont été identifiés.

Prenons un exemple : le prétendu problème des « migrants » (autrefois appelés « immigrés clandestins », on voit comment le vocabulaire a évolué vers le mot-virus, l’immigration étant soudain devenue licite). Supposons que la « communauté internationale » somme autoritairement un « État libertarien » d’accepter l’accueil en son sein d’une population étrangère nombreuse. Un État classique acceptera ou refusera autoritairement cet accueil, selon l’idéologie du potentat du moment, peut-être contre l’avis de son « peuple ».

L’HYPOTHÈSE DE L’ÉTAT LIBERTARIEN

L’État libertarien (acceptons cet oxymore, le chef de cet État se limitant vraisemblablement à un rôle de coordinateur, et non de « représentant » ou de « dirigeant ») se contentera de consulter les habitants pour savoir qui serait prêt à accueillir sur sa propriété, à ses propres frais et sous sa propre responsabilité, quel nombre de « migrants », et à quelles conditions.

La réponse étatiste classique, positive ou négative, est remplacée par une réponse beaucoup plus nuancée et complexe, qui pourrait être : « tel collectif de notre pays est prêt à accueillir telle quantité de migrants à telles conditions » (car le collectif veille d’abord à ses propres intérêts, qui peuvent être favorables ou opposés à l’accueil de migrants, par idéologie altruiste ou au contraire par égoïsme bien pensé).

L’État libertarien (encore utopique à ce jour) ne prétend pas avoir résolu définitivement le problème principal-agent, mais, en s’affranchissant des fictions collectivistes, il en a réduit les effets de bord, en identifiant les acteurs concernés et les responsabilisant, eux et personne d’autre.

Il est certain que, malgré notre titre aguicheur, nous n’en avons pas « fini », « une fois pour toutes », avec la politique, et que notre perspective de « subsidiarisation radicale » de la politique, par une réduction drastique du périmètre « public » prétendument d’intérêt général, mettra peut-être des siècles à se réaliser.

Nous espérons tout du moins avoir contribué à la démystifier et à la démythifier : le « roi » est nu, et ne peut jamais représenter que lui-même – ne cédez pas à son hypnomachie1 insidieuse !

L’hypnomachie (néologisme : étymologiquement, le « combat par l’hypnose ») désigne les différents procédés d’enfumage qui permettent d’assujettir une personne ou une population (en politique : terrorisme intellectuel, mensonge, illusion, propagande, etc.). ↩

mardi, août 14, 2018

Le monde de demain, pour la ....paix !


Tout dans l’actualité de cet été 2018 me conforte dans mon analyse du « vivre ensemble » dont les médias nous rebattent les oreilles.

La question posée est celle-ci, pouvons-nous, autour d’une table, jouer à un jeu de cartes, sans que pour chacun des joueurs, il s’agisse des mêmes règles du jeu ? Je crois que dans la société c’est pareil, le « vivre ensemble », implique d’avoir et de respecter des valeurs communes.

Et je crois que jusqu’à présent, nos hommes politiques socialisants, à défaut d’avoir pu construire l’utopique homme nouveau, à travers des systèmes éducatifs nivelant par le bas les individualités des êtres humains, veulent aujourd’hui construire le « citoyen nouveau ». Et cela ne marche pas et ne marchera jamais.

Il va falloir vous y habituer, Messieurs les bons apôtres, notre monde est fait et continuera de se faire par et grâce à la diversité de tous les individus qui le compose. Et chacun d’eux a une telle variété dans ses appréciations, ses capacités physiques et intellectuelles, que même avec tous les algorithmes que vous emploierez, vous ne pourrez prévoir leurs réactions pour les manipuler en toute quiétude.

Mais là, en quoi l’actualité du moment me renforce dans cette analyse. Aujourd’hui il s’agit des lois françaises sur le harcèlement sexuel et aussi le vote constitutionnel d’Israël sur le concept d’état-nation. Sur ce dernier point, c’est haro sur un tel vote, alors que c’est le « silence radio » le plus avéré quand ce sont des pays qui se réclament d’un monde musulman depuis des décennies et qui ne tolèrent pas, sur leurs territoires, d’autres valeurs religieuses. Et quand ce n’est pas leurs gouvernements, ce sont les populations elles-mêmes qui s’en chargent.

Quand j’entends l’Etat français légiférer sur les mots et les comportements des individus, ayant un caractère de violence sexuelle, choquant pour certains et certaines, je me pose la question de prendre aussi en compte les tenues vestimentaires d’hommes ou de femmes, pouvant choquer certains autres individus n’ayant pas nos valeurs judéo-chrétiennes et notre tolérance. Alors, demain, ce serait burqa pour tous et toutes sur le domaine public. Ou alors continuer ce statu quo que les forces de police ne peuvent appliquer sans faire preuve d’arbitraire. Et qui ne satisfait en définitive personne.
Dans la même actualité, le pays d’Israël se dote d’une nouvelle constitution et y énonce sa judaïté. Au grand dam de ses minorités palestinienne, druze ou autres. Est-ce pour autant qu’ils entendent chasser tous ceux qui ne sont pas juifs de leurs territoires ? Je ne le crois pas, mais ils annoncent haut et fort que les valeurs d’Israël sont juives et que les autres religions doivent être des hôtes, qui n’ont pas à revendiquer des droits constitutionnels à leurs différences.

Dans la « Guerre des étoiles » ou encore dans « Le cinquième élément », on voit des individus de toutes sortes vivre ensemble, mais on sait bien que chacun à sa propre planète et ces rencontres ne se font que dans certains lieux propres au commerce ou aux divertissements, ce ne sont pas des lieux où leurs familles vivent côte à côte.

Pour revenir à la France, il serait temps que la France s’affirme judéo-chrétienne et commence par ne tolérer aucune divergence dans les valeurs qui sont les nôtres et qui sont d’ailleurs celles qui ont fait notre pays. Beaucoup de nos pères se sont battus et certains sont morts pour s’opposer à l’invasion de pays étrangers qui voulaient voir appliquer en France des valeurs qui ne sont pas les nôtres. Pourquoi l’accepterions-nous aujourd’hui de la part d’individus peu nombreux mais toujours en augmentation, voulant qu’en France dominent des valeurs autrement plus néfastes pour notre pays que ce qui s’est passé, encore au milieu du siècle dernier ?

Déjà parce que ces valeurs, empêchant manifestement le paisible « vivre ensemble » sur notre territoire, pénalisent aussi la marche de notre société vers le progrès et plus de tolérance. Comment commercer entre des individus n’appliquant pas la même éthique et les mêmes valeurs morales ?

Pour que demain, la France redevienne la France et ce, sur tous les plans il importe à nos dirigeants d’affirmer haut et fort ces valeurs et de légiférer par un corpus de lois visant à n’énoncer quelles. Avec des forces de police sachant parfaitement leurs rôles et échappant ainsi au moindre arbitraire qui pourrait leur être imposé par un exécutif sachant mal les finalités de notre Etat.

Je suis libéral et pour moi, le libéralisme n’est pas la permission de faire quoique ce soit à l’encontre de personnes avec lesquelles on vit, sous prétexte que certaines de nos lois ne correspondraient pas à leurs valeurs morales. Le « vivre ensemble » passe et passera demain encore plus, par des lois « naturelles » acceptées par tous les individus d’une même nation. Celles-ci ne pourront pas, sauf de se vouloir coercitives, nous forcer à être, pour le plus grand nombre d’entre nous, réfractaires à ce que sont nos valeurs.

lundi, février 26, 2018

L’indifférenciation sexuelle : révolution féministe ou enfumage capitaliste ?

Voici un texte de Fabrice Hatem qui correspond tout à fait à ma conception de la vie sur Terre.

La doxa dominante du féminisme contemporain présente la libération de la femme comme l’accès à une indifférenciation des rôles entre sexes : les femmes seraient libérées si elles avaient exactement accès aux mêmes emplois salariés que les hommes et que ceux - ci partageaient exactement avec elles les tâches domestiques ; tout en se gardant bien – lutte contre le harcèlement oblige – d’exprimer ouvertement une quelconque manifestation d’intérêt un peu appuyée pour leur attractivité sexuelle.
Comme toute utopie, cet idéal est difficile à critiquer sans passer pour un réactionnaire machiste : comment, en effet, peut-on être contre la libération, l’égalité, la justice ?? Les anti-marxistes, en leur temps, ont fait les frais de cette difficulté, lorsque, critiquant bien à juste titre la réalité déprimante des sociétés socialistes réelles, ils se voyaient opposer l’idéal d’un communisme d’émancipation auquel il semblait impossible de ne pas souscrire sans passer pour un affreux réac.
Il se passe aujourd’hui exactement la même chose avec la doxa féministe.
A-t-on cependant essayé de mesurer tout ce que la soi-disant « émancipation » des femmes, telle que définie plus haut (accès au salariat et partage égalitaire des tâches domestiques) faisait perdre à la société, et aux femmes elles-mêmes, au profit des institutions et entreprises tirant bénéfice de l’extension du domaine de la « marchandisation » ou des « services collectifs » ainsi rendue possible ?
Au lieu de de petites productions/réparations exécutées gratuitement par la maîtrise de savoirs sexués (couture, tricotage pour les femmes, jardinage et bricolage pour les hommes), le recours systématique et onéreux au marché, au prêt-à-porter et au tout-jetable.
Au lieu de bons plats cuisinés à domicile grâce à la transmission matrilinéaire des savoirs culinaires, des produits surgelés cancérigènes.
Au lieu d'une riche vie de quartier largement animée par les femmes au foyer, la désertification anxiogène des banlieues-dortoir.
Au lieu de la sécurité de proximité assurée par des hommes physiquement courageux et prêts à défendre leur famille aux côtés de leurs voisins, la crainte des voyous auxquels plus personne n’ose s’opposer par la force physique.
Pour les bébés et les enfants, au lieu de la douceur d’une présence maternelle, la crèche payante (quand on arrive à trouver des places).
Pour les femmes, au lieu du rôle éminemment noble et potentiellement gratifiant de maîtresse de maison, gestionnaire incontestée du budget familial et entourée d'une belle progéniture, 3 heures de transport dans des RER inconfortables pour se faire exploiter par un patron (quand elles trouvent du travail). Avec en plus le risque de se faire importuner par un voyou sans qu’aucun homme ne soit plus assez courageux (dévalorisation des valeurs de virilité oblige) pour intervenir afin de les défendre.
Pour les vieux, au lieu d’une fille ou d’une belle-fille attentionnées, et d'une fin de vie paisible chez eux et dans leur lit, entourés de leur nombreuse descendance, l’exil désespéré dans la solitude et la maltraitance des maisons de retraite.
Pour les hommes, la dévalorisation, voire la criminalisation de leurs comportements et pulsions sexuelles (ex : l’absurde et liberticide pénalisation des clients de prostituées). Comme si ils étaient tous des violeurs ou des agresseurs en puissance !!! (Pour lutter contre le harcèlement de rue, il me semble que plutôt qu’une loi ou une police supplémentaires, il vaudrait mieux restaurer les valeurs de virilité, de courage masculin, et de défense chevaleresque des femmes !!! Tout en permettant aux frustrés sexuels de se calmer en allant voir une pute s'ils veulent).
Pour la société, une terrifiante perte de vitalité et de solidarité à travers l’affaiblissement de cette magnifique institution qu’est la famille !!
Mais pour les entreprises privées et des institutions publiques, quelle manne extraordinaire via la transformation en services marchands ou collectifs, sources d’énormes profits financiers et politiques, de ce qui relevait autrefois de l’autoproduction familiale gratuite (jardin potager, cuisine, garde des enfants et des vieux, ménage, bricolage, petite production artisanale, sécurité de rue et de quartier, incluant bien sur le respect des femmes dans l'espace public…). Sans parler de la création d'une nombreuse "armée de réserve" de chômeuses corvéables à merci...
Moyennant quoi, en croyant s’émanciper de je ne sais quelle « société traditionnelle », les individus transformés (hommes et femmes confondus) en robots-salariés hyper-spécialisés, isolés et vulnérables, deviendront dix fois plus dépendants qu’avant des entreprises et collectivités qui prennent (mal) en charge des tâches et fonctions sociales dont leurs aïeux et leurs aïeules savaient s’acquitter de manière autonome.
Bref, un parfait enfumage capitaliste, générateur d'immenses profits au prix de la solitude, de la peur et du désespoir…
Mais ne nous y trompons pas : l’horizon de cette utopie, c'est d'abord l’effondrement des taux de natalité, l’atomisation individualiste et anxiogène de la société, et in fine - via notamment le développement tous azimuths de politiques sociales coûteuses se substituant au rôle naturel des familles tombées en déshérence - la grande crise à venir des dettes souveraines qui remettra tous les compteurs à zéro ; c’est, en conséquence,la marginalisation quantitative des naïfs qui auront cru aux illusions de la post-modernité au profit de populations sainement attachés à des valeurs traditionnelles ancrées dans leurs croyances religieuses ; et c'est peut-être finalement, le retour à des partages des tâches sexués bien définis, à des femmes et des hommes fiers d’être eux-mêmes, à des collectivités de quartiers fortement structurées autour des familles et des lieux de culte. Quant aux populations contaminées par les croyances post-modernes, elles finiront peut-être, au bout de quelques générations, par disparaître purement et simplement, remplacées par celles - à taux de natalité élevé - qui auront refusé ces inepties.
(Entendons-nous bien : je ne suis pas pour le retour à la "femme au foyer" : je dénonce les excès d'une utopie néo-féministe à la rhétorique biaisée, qui nous fait miroiter d'hypothétiques lendemains qui chantent sans prendre la peine de mesurer tout ce qu'elle détruit).