lundi, avril 08, 2013

La Démocratie contre la Liberté. par Damien Theillier



1614 mots - Temps de lecture : 4 - 6 minutes

« Il y a une différence entre démocratie et liberté.
La liberté ne se confond pas avec la possibilité de voter.
Elle doit être jugée en considérant la quantité de sujets sur lesquels nous ne votons pas. »
John T. Wenders

L’affaire Cahuzac pourrait nous faire penser que si les choses vont mal dans nos démocraties, c’est parce que des hommes mauvais sont au pouvoir. Changeons donc les hommes et tout ira mieux. Le problème serait de nature uniquement morale. Cette thèse a le mérite de la simplicité mais elle est fausse.

Posons-nous la question suivante : Et si les difficultés de nos sociétés (chômage, inflation, dette) n'étaient pas dues à la méchanceté de certains hommes, ni à la faillite de l’économie de marché (gouvernée par la « cupidité » de certains hommes) mais à la défaillance structurelle de nos institutions politiques ? Telle est l’hypothèse iconoclaste de Dépasser la démocratie, un livre de deux hollandais, Frank Karsten et Karel Beckman, qui vient d’être traduit en français par Benoît Malbranque sous l’égide de l’Institut Coppet. Selon eux, c’est la démocratie elle-même qui produit le déclin de la civilisation, au sens d’un affaiblissement généralisé des idées de liberté et de responsabilité.

La démocratie est née à une époque où l’État était relativement faible. Un siècle et demi de démocratie a néanmoins conduit à une expansion considérable de l'État dans tous les pays démocratiques. Elle a également conduit à la situation dans laquelle nous ne devons pas seulement craindre l'État, mais aussi nos concitoyens, qui sont en mesure de nous asservir par les urnes. Bien entendu, si la démocratie consistait à garantir les libertés individuelles, elle serait une chose souhaitable. Mais malheureusement, ce n’est pas le cas. Il semble bien que la démocratie ne produise pas le maximum de liberté compatible avec l’ordre social mais tout au contraire le maximum de servitude compatible avec l’ordre social.



Les auteurs montrent en effet qu’un système de choix collectifs fondé sur des votes à la majorité des voix ne permettra jamais de dégager des solutions à long terme aux problèmes soulevés par la vie en société. Au contraire, il produira de plus en plus de dépenses publiques et de contrôles sur les individus. En effet, la démocratie est un système politique dans lequel les candidats achètent des voix au moyen de promesses de biens publics et de subventions. Ils cherchent à maximiser le nombre de leurs électeurs en adaptant l’offre de biens publics à la demande des groupes de pression. « Ce qui règne en démocratie n'est pas « la volonté du peuple » mais la volonté des hommes politiques, elle-même guidée par les groupes de lobbyistes professionnels, les groupes d'intérêts et les activistes. » (Dépasser la démocratie)

Dans notre société, la croyance aveugle en la démocratie n'est pas si évidente. Il s'agit en fait d'un phénomène assez récent. Cela pourra apparaitre comme une surprise pour beaucoup de lecteurs, mais les pères fondateurs des États-Unis — des hommes comme Benjamin Franklin, Thomas Jefferson et John Adams — étaient sans exception opposés à la démocratie. De même, le système politique que Benjamin Constant, Jean-Baptiste Say et Frédéric Bastiat appelaient de leurs vœux était une république constitutionnelle limitée, restreinte à la protection des droits individuels. Dans un tel système, la règle de la majorité s'applique uniquement à la sélection des représentants. Mais la majorité n'a rien à dire sur les principes fondamentaux régissant la société comme le gouvernement. Elle n'a pas le pouvoir de demander ou d’obtenir la violation des droits individuels.

À l’origine bien sûr, le rôle des institutions démocratiques était de limiter et de contrôler l'État. Malheureusement, la démocratie est devenue un instrument de contrôle de la sphère privée. Les totalitarismes du XXe siècle étaient le résultat de l'emprise du pouvoir politique sur les individus et de la sphère publique sur la sphère privée. Or la démocratie du XXIe siècle s’inscrit dans la continuité de ce modèle. Pas de manière sanglante, ni de façon abrupte. Mais graduellement, petit à petit. C’est un totalitarisme « soft », d’autant plus insidieux qu’il est supportable et procure l’illusion de la sécurité.

Ce livre est construit en trois parties


Dans la première partie, il étudie notre foi en ce dieu de la démocratie parlementaire. Comme toute religion, la démocratie a son ensemble de croyances — des dogmes qui semblent être des faits indiscutables pour tout le monde. Ceci est présenté sous la forme d’une liste de 13 mythes populaires sur la démocratie :


Mythe 1. Chaque vote compte.

Mythe 2. Dans une démocratie, le peuple gouverne.

Mythe 3. La majorité a raison.

Mythe 4. La démocratie est politiquement neutre.

Mythe 5. La démocratie mène à la prospérité.

Mythe 6. La démocratie est nécessaire pour assurer une juste distribution des richesses et pour venir en aide aux pauvres.

Mythe 7. La démocratie est nécessaire pour vivre tous en harmonie.

Mythe 8. La démocratie est nécessaire pour créer un sentiment de communauté.

Mythe 9. La démocratie signifie la liberté et la tolérance.

Mythe 10. La démocratie favorise la paix et aide à lutter contre la corruption.

Mythe 11. Dans une démocratie, les gens obtiennent ce qu'ils désirent.

Mythe 12. Nous sommes tous favorables à la démocratie.

Mythe 13. Il n'y a pas de (meilleure) alternative.

Dans la seconde partie, les auteurs décrivent les conséquences pratiques du système démocratique. Ils montrent pourquoi la démocratie mène inévitablement à la stagnation économique et quels sont les éléments qui la rendent inefficace et injuste. « Il est temps pour les gens d’ouvrir les yeux sur le fait que la démocratie ne conduit pas à la liberté ni à l'autonomie. Elle ne résout pas les conflits et elle ne libère pas les forces productives et créatives. Bien au contraire. La démocratie crée des antagonismes et des restrictions. Les aspects centralistes et compulsifs de la démocratie provoquent un chaos organisé, alors que la liberté individuelle et la dynamique du marché désorganisé provoquent un ordre spontané et la prospérité. »

Dans la troisième partie, ils posent les bases d’une alternative à la démocratie, un système politique basé sur l’autodétermination de chaque individu, caractérisé par la décentralisation, la gestion locale et la diversité. Dans une société libre, la règle principale serait de ne commettre ni fraude, ni violence, ni vol. Tant que les gens s'en tiennent à cette règle, ils pourraient offrir tous les services, y compris ceux qui sont aujourd’hui considérés comme des « services publics ». Ils pourraient également créer comme ils l’entendent leurs propres communautés — monarchiste, communiste, conservatrice, religieuse ou même autoritaire, pour peu que leurs « clients » adhérent volontairement et pour peu qu'ils laissent les autres communautés tranquilles. En fait, une société idéale et libre serait semblable au modèle sur lequel est basé Internet. Avec Internet, seules quelques règles s’appliquent. Elles sont simples à respecter. Pour le reste, chacun peut participer à sa guise.


Dans une société libre, le vote est un mécanisme approprié pour la sélection de ses représentants politiques mais non, comme le veut la démocratie, de ses principes éthiques et politiques. Il faut donc limiter le pouvoir du gouvernement à une seule fonction : la protection des droits individuels. C'est le vrai sens de la liberté, tel qu’il a été si bien compris et exposé par Frédéric Bastiat au XIXe siècle.

L’approche libertarienne de la démocratie

Dépasser la démocratie a été écrit dans une perspective libertarienne. Le libertarianisme est une philosophie politique fondée sur la propriété de soi, c'est-à-dire sur le droit que chaque individu a sur son propre corps et sur sa vie, et donc sur les fruits de son travail. L'alternative à l’autogouvernement est que les gens décident de la vie et du travail des autres (ou — mais cela est tout à fait irréaliste — que tout le monde décide pour tout le monde). Selon le libertarianisme, une telle situation est injuste. Il est basé sur le principe que les individus n'ont aucune obligation de se sacrifier pour le collectif, comme c'est le cas dans les systèmes socialistes, fascistes ou démocratiques.

Pour les libertariens, la liberté individuelle (propriété de soi) ne signifie pas le « droit » au travail, à l'éducation, aux soins de santé, au logement ou à quelque autre bien, étant donné que ces « droits » impliquent pour les autres le devoir de fournir ces prestations. Si une personne est obligée de se sacrifier pour les autres, ce n'est pas la liberté, mais l'esclavage. La liberté signifie que chacun a le droit de faire ce qu’il souhaite avec sa vie et ses biens, tant qu'il n'interfère pas avec la vie et la propriété d'autrui. En bref, les libertariens sont contre l’initiation de la force physique.

En définitive, ce que montre ce livre, c’est que la ligne de clivage qui séparait jadis les partisans de la monarchie et ceux de la démocratie s’est déplacée. Où passe-t-elle désormais ? De nos jours, le véritable clivage est celui qui oppose les défenseurs de l’association volontaire aux défenseurs du collectivisme forcé, ceux qui ont confiance en la capacité des individus à s’organiser librement par eux-mêmes et ceux qui pensent que le collectivisme social-démocrate est la fin de l’Histoire. Toute la troisième partie de Dépasser la démocratie est justement consacrée à l’élaboration des grandes lignes de cette alternative à la démocratie : « Nous croyons que l'État-nation et la démocratie qui va avec sont des institutions du XXe siècle, pas du XXIe siècle. Le chemin vers l'autonomie et l’autogouvernement continuera, mais il ne passera pas par les larges démocraties. Il passera par la décentralisation et par l'organisation des personnes en plus petites unités administratives, conçues par les gens eux-mêmes. »



Lire l’introduction du livre

Mythes 1 et 2

Voir le site : http://depasserlademocratie.fr


mercredi, avril 03, 2013

La leçon Cahuzac



J’essaye de regarder plus loin que le chiffon rouge que les médias se plaisent à agiter devant nos yeux. Je ne suis pas Médiapart et n’ai pas d’informations sensationnelles à sortir de mon chapeau. Je n’essaye qu’à mettre bout à bout et au fil des années, toutes les informations que les médias finissent par « sortir ».

Et tout ceci me conduit à voir dans cette affaire un plus grand scandale encore que ne peut l’être le mensonge de Cahuzac ou encore la « possession d’un compte non déclaré en Suisse.

Quand en mars 2007 dans une interview du journal Coopération distribué en Suisse chaque semaine par millions d’exemplaires gratuitement, Nicolas Tenzer, haut fonctionnaire de l’Etat français s’exprime sur son libéralisme, le journaliste lui demande s’il est seul à penser ainsi dans le microcosme des anciens de l’ENA, voici ce qu’il répond :

« Vous êtes plutôt seul en France à parler ainsi ? Non, de nombreux hommes politiques, ainsi Dominique Strauss Kahn ou François Hollande, partagent mes convictions, mais en … privé !
Pourquoi pas en public ? En France, on est dans la conservation. Si les idées libérales ont tant de mal à être entendues, cela tient plus aux élites et aux groupes qui dominent le pays, qu’au pays lui-même ! Prenez le secteur de la fonction publique, j’ai pu constater dans des groupes de travail que les refus de réforme, de fluidité, de mise en concurrence, d’ouverture d’accès aux postes tenait plus à des blocages de grands corps de l’Etat qu’à des pressions d’organismes syndicaux !
La France est impossible à réformer, alors ? Pour qu’elle le soit, il faudrait que chacun renonce à tirer parti pour soi du coté obscur du système. Pour l’instant, chacun essaie de maximiser ses petits avantages et ses privilèges. Résultat, confirmé par tous les sondages: un sentiment extraordinairement fort d’injustice et d’inégalité. D’où des réflexes antilibéraux très marqués. »

Encore à la fin 2010 dans l’affaire des vols de données de la banque HSBC, Nicolas Sarkozy et son Ministre du Budget, Woerth, clamaient haut et fort qu’ils allaient utiliser les listings volés et que détenaient Eric de Montgolfier, procureur de la République à Nice et ceci pour pourchasser les fraudeurs du fisc français. On venait de parler dans les journaux suisses qu’un notaire genevois détenait des preuves que Nicolas Sarkozy, au moment de l’affaire Karachy, avait ouvert lui même des comptes cachés sur la place de Genève à cette époque. Rien de bien nouveau à l’encontre de Me Sarkozy qui justement avait commencé sa carrière d’avocat en ouvrant des comptes off-shore pour ses clients.

Alors quand lors d’une fin de semaine d’un des mois d’automne, le Président de la Confédération Rudolf Merz, avait pris l’avion pour Paris une mallette sous le bras, pour ma part je savais à l’avance, l’objet de sa mission. Et le fait fut là le lundi matin qui suivit. La France annonçait renoncer à utiliser des fichiers volés dans le cadre des procédures fiscales à l’encontre de certains de ses ressortissants ayant mis de l’argent sur des comptes en Suisse. Dans les semaines qui suivaient Eric Woerth n’était plus Secrétaire d’Etat au budget.
Maintenant quand nous apprenons que M. Jerôme Cahusac possède un compte occulte en Suisse depuis 1992, je ne m’en offusque pas plus que cela de la part d’un homme brillant et intelligent. C’est une réaction normale de « bon père de famille » que de protéger son patrimoine des griffes d’un fisc toujours plus gourmand dans un Etat dont les comptes et la raison d’être sont à l’agonie.

Alors qu’est-ce qui m’offusque le plus aujourd’hui et au contraire de ce j’entend jusqu’à la nausée dans tous les médias ? C’est que les oligarchies au pouvoir en France, tant de l’UMP que du PS et depuis plus de trente ans, savent bien que le collectivisme de cet étatisme est létal pour la France et pour les français, mais comme il continue à profiter à tous nos politiciens mercenaires de ce pays où la Fonction Publique tient tous les citoyens en esclavage, ils y trouvent bien mieux leurs comptes.

Et comme promouvoir moins d’Etat et plus de liberté aux gens de faire la France par eux-mêmes leur est par définition moins profitable personnellement, ils ne font rien dans ce sens. Faut-il jeter la pierre à ces mercenaires ? Non, c’est aux électeurs, même s’ils sont bernés pour la plupart, qu’il faut imputer une telle gabegie. Et si le chemin du retour n’est pas pour demain tant le ver ronge profondément le fruit, c’est bien,

Tout le sentiment même de Démocratie qu’il faut accuser et récuser. Une mystification.

dimanche, mars 03, 2013

Le seul chemin pour demain !



Par Ayn Rand en 1944. Traduction de Sébastien Dazy, Institut Coppet

Cela montre bien que la pseudo alternative gauche-droite n'est là que pour nous leurrer et que la philosophie de vie n'est qu'entre individualisme et collectivisme. Ayn Rand toujours aussi bonne analyste de la société.

"La plus grande menace pour l’humanité et la civilisation est la propagation de la philosophie totalitaire. Sa meilleure alliée n’est pas la dévotion de ses adeptes, mais la confusion de ses ennemis. Pour la combattre, nous devons la comprendre.
Le totalitarisme est un collectivisme. Collectivisme signifie la sujétion de l’individu à un groupe – qu’il soit une race, une classe ou un État n’a pas d’importance. Le collectivisme soutient qu’un homme doit être enchaîné à l’action collective et à la pensée collective au nom de l’intérêt du « bien commun ».
Tout au cours de l’histoire, aucun tyran n’accéda jamais au pouvoir sans prétendre représenter « le bien commun ». Napoléon « servit le bien commun » de la France. Hitler est en train de « servir le bien commun » de l’Allemagne. Des horreurs qu’aucun homme n’oserait envisager pour son propre intérêt égoïste sont perpétrées en toute bonne conscience par les « altruistes » qui se justifient au nom du bien commun.
Aucun tyran n’a jamais perduré longtemps par la seule force physique. Les hommes ont été réduits en esclavage avant tout par des armes spirituelles. Et la pire d’entre elles est la doctrine collectiviste qui prétend que la suprématie de l’État sur l’individu constitue le bien commun. Aucun dictateur ne pourrait s’élever si les hommes gardaient comme une foi sacrée la conviction qu’ils ont des droits inaliénables dont ils ne peuvent être dépossédés par aucune cause quelle qu’elle soit, par aucun homme quel qu’il soit, pas plus un malfaiteur qu’un supposé bienfaiteur.
Ceci est le principe de base du concept d’individualisme opposé à celui de collectivisme. L’individualisme soutient que l’homme est une entité indépendante avec un droit inaliénable à la poursuite de son propre bonheur, dans une société où les hommes échangent les uns avec les autres en égaux.
Le système américain est fondé sur l’individualisme. S’il est question de survivre, nous devons comprendre les principes de l’individualisme et les appliquer comme nos critères de jugement à l’égard de toute question d’ordre public, et de chaque problème auquel nous sommes confrontés. Nous devons avoir un credo positif, une foi pure et cohérente.
Nous devons apprendre à rejeter comme une abomination la conception selon laquelle le bien commun est servi par l’abolition des droits individuels. Le bonheur général ne peut pas venir de la souffrance générale et de l’auto-immolation. La seule société heureuse est celle des individus heureux. On ne peut pas avoir une forêt saine à partir d’arbres pourris.
Le pouvoir d’une société doit toujours être limité par les droits inaliénables et fondamentaux de l’individu.
Le droit à la liberté signifie le droit d’un homme à l’action individuelle, au choix individuel, à l’initiative individuelle et à la propriété individuelle. Sans le droit à la propriété privée, aucune action indépendante n’est possible.
Le droit à la poursuite du bonheur signifie le droit d’un homme de vivre pour lui-même, de choisir ce qui constitue son propre bonheur privé et personnel et de travailler à sa réalisation. Chaque individu est le seul et unique juge dans ce choix. Le bonheur d’un homme ne peut pas lui être prescrit par un autre homme ou par un groupe d’autres hommes.
Ces droits sont la possession inconditionnelle, personnelle, privée et individuelle de chaque homme, qui lui sont accordées par le fait de sa naissance et qui lui sont inaliénables. Telle était la conception des fondateurs de notre pays, qui ont placé les droits individuels au-dessus de toutes les revendications collectives. La société ne peut être qu’un agent de la circulation médiateur des relations des hommes les uns avec les autres.
Depuis le début de l’histoire, deux antagonistes se tiennent face à face, deux types opposés d’hommes : les Actifs et les Passifs. L’Homme Actif est le producteur, le créateur, l’auteur, l’individualiste. Son besoin premier est l’indépendance – pour penser et travailler. Il ne veut pas et ne recherche pas le pouvoir sur les autres hommes – il ne peut pas non plus travailler sous aucune forme de contrainte. Tous les types de bons travaux – de la pose de briques à l’écriture d’une symphonie – sont faits par l’Homme Actif. Les degrés de l’habileté humaine varient, mais le principe fondamental reste le même : le degré d’indépendance et d’initiative d’un homme détermine son talent en tant que travailleur et sa valeur en tant qu’homme.
L’Homme Passif se trouve à tous les niveaux de la société, dans les manoirs comme dans les bidonvilles, et sa marque d’identification est sa crainte de l’indépendance. C’est un parasite qui s’attend à être pris en charge par les autres, qui veut suivre des directives, obéir, se soumettre, être réglementé, être instrumentalisé. Il accueille positivement le collectivisme, qui élimine toute possibilité qu’il pourrait avoir de penser d’ou agir de sa propre initiative.
Quand une société est basée sur les besoins de l’Homme Passif, elle détruit l’Homme Actif ; lorsque l’Homme Actif est détruit, l’Homme Passif ne peut plus être pris en charge. Mais quand une société est basée sur les besoins de l’Homme Actif, il porte les Hommes Passifs par son énergie et les élève comme il s’élève, comme il élève la société dans son ensemble. Cela a été le modèle de tous les progrès de l’humanité.
Certains humanistes réclament un État collectif en raison de la pitié qu’ils ont pour l’homme incompétent ou pour l’Homme Passif. Ils souhaitent exploiter l’Homme Actif pour son bien. Mais l’Homme Actif ne peut pas agir sous la contrainte. Et une fois qu’il est détruit, la destruction de l’Homme Passif suit automatiquement. Par conséquent, si la pitié est la première considération des humanistes, alors au nom de la pitié, s’il n’y a aucune autre raison, ils devraient laisser l’Homme Actif libre d’agir, afin d’aider le Passif. Il n’y a pas d’autre moyen pour l’aider sur le long terme.
L’histoire de l’humanité est l’histoire de la lutte entre l’Homme Actif et le Passif, entre l’individuel et le collectif. Les pays qui ont produit les hommes les plus heureux, avec les meilleurs standards de niveau de vie et les plus grandes avancées culturelles, ont été les pays où les pouvoirs du collectif – du gouvernement, de l’État – étaient limités, et où l’individu avait la liberté d’action indépendante. À titre d’exemples : l’essor de Rome, avec sa conception juridique, basée sur les droits du citoyen, bien supérieure au barbarisme collectiviste de son temps. L’essor de l’Angleterre, avec un système de gouvernement fondé sur la Magna Carta, contre l’Espagne collectiviste et totalitaire. L’essor des États-Unis, à un degré de réalisation inégalé dans l’histoire – par la grâce de la liberté individuelle et de l’indépendance que notre Constitution a donné à chaque citoyen contre le collectif.
Alors que les hommes s’interrogent encore sur les causes de l’ascension et de la chute des civilisations, chaque page de l’histoire nous crie qu’il n’y a qu’une seule source de progrès : l’Homme Individuel en action indépendante. Le collectivisme est l’ancien principe de la sauvagerie. L’intégralité de la vie d’un sauvage est régie par les chefs de sa tribu. La civilisation est le processus de libération de l’homme de l’emprise des hommes.
Nous sommes maintenant confrontés à un choix : aller de l’avant ou revenir en arrière.
Le collectivisme n’est pas le « Nouvel Ordre de Demain ». Il est l’ordre du plus sombre obscurantisme du passé. Il existe pourtant bel et bien un Nouvel Ordre de Demain. Il appartient à l’Homme Individuel, le seul créateur de tous les lendemains dont l’humanité a jamais bénéficié."

jeudi, février 07, 2013

Qui a signé le contrat social ?


par Georges Kaplan

Je suis comme Voltaire, je n’aime pas Rousseau. Je n’aime pas Rousseau parce que je ne lui trouve ni qualités morales – un type qui abandonne ses cinq enfants à l’assistance publique pour continuer à mener sa vie de parasite ne mérite que mon mépris –, ni qualités intellectuelles – son Contrat social ne mérite même pas le titre flatteur de théorie ; c’est, au mieux, de la démagogie ; un vœu pieux ; un vague « on n’a qu’à faire comme si… » Mais laissons là M. Rousseau et sa vie misérable, et parlons plutôt de ce contrat social.

Pour qu’un tel contrat existe, il faudrait, quant au fond, que nous en connaissions les clauses et, pour la forme, que nous l’ayons signé ; au moins implicitement.

Le fond de la chose.

Commençons par le fond. Si j’en crois Élisabeth Lévy, qui semble, une fois n’est pas coutume, être d’accord avec M. Hollande, ce contrat serait matérialisé par l’impôt en tant qu’« instrument de la redistribution ». Fort bien. Ainsi donc, pour Élisabeth, notre contrat social se caractériserait par un impôt (fortement) progressif destiné à pourvoir à cette « passion française » (comme nous le rappelle Daoud Boughezala) pour l’égalité des conditions matérielles. C’est-à-dire que notre contrat social serait le Manifeste du parti communiste de Karl Marx et Friedrich Engels. Après tout, là où nous en sommes, pourquoi pas ? Il est bien possible qu’Élisabeth ait raison ; il semble en tout cas que son interprétation de la chose soit parfaitement en phase avec celle de notre personnel politique, d’un extrême à l’autre de l’hémicycle, et avec celle de l’opinion publiée (1).

Ce qui me pose problème ici, c’est que si notre contrat social est le manifeste de MM. Marx et Engels, alors, pardon, mais je refuse obstinément et avec la dernière vigueur d’être engagé par ce texte. Pas un mot, pas même une virgule. Pour moi, le contrat social de la nation française, c’est la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 ; ce texte manifestement tombé en désuétude qui consacre l’égalité en droits - c’est-à-dire devant la loi – et le principe d’un impôt « également réparti entre tous les citoyens en raison de leurs facultés » (i.e. cette idée dangereusement extrémiste d’une flat tax) dont l’objet est de financer l’entretien de la force publique et les dépenses d’administration (et pas un simulacre de solidarité).

Et donc voilà : manifestement, Élisabeth et moi n’avons signé le même contrat et je suspecte qu’il existe à cet instant précis autant d’interprétations de la chose en question que de lecteurs de cette phrase. Naturellement, c’est un problème ; cela signifie que nous avons tous une interprétation différente de ce pacte qui est supposé définir nos droits et nos devoirs ; les règles fondamentales de notre vie commune. Ainsi, je pose la question : quelle consistance peut bien avoir un contrat qui lie des signataires qui ont tous des interprétations différentes de ses clauses ?

Encore faudrait-il que nous l’ayons signé.

Ce qui m’amène tous naturellement à mon deuxième point ; la condition de forme : j’espère ne choquer personne en affirmant qu’un contrat n’est valide que s’il a été librement signé par les parties qu’il engage. C’est le b.a.-ba. Un contrat qui définit nos droits et nos devoirs sans que nous ayons eu, à aucun moment, l’occasion de le signer ou de n’en rien faire ; un contrat qui s’impose à nous du simple fait de notre naissance ; un contrat dont on nous impose l’exécution avec pour seules alternatives l’exil ou le trépas ; c’est un contrat de servage, d’esclavage ou, plutôt et pour parler justement, ce n’est pas un contrat du tout.

Or voilà, je ne sais pas pour vous, mais il se trouve qu’en ce qui me concerne, c’est tout à fait le cas : je n’ai pas signé ce contrat, il ne s’impose à moi que parce que je suis né français et les seuls moyens dont je dispose pour y mettre fin sont la fuite ou la mort. Permettez-moi d’insister sur ce dernier point : si vous êtes partisan du contrat social de MM. Marx et Engels – taux d’imposition prohibitif, règlementation invasive, interventionnisme et redistribution à tous les étages – sachez que moi, je ne le suis pas. Je n’y consens pas et la seule raison qui fait que j’obtempère, c’est que vous m’y forcez ; c’est le prix que vous exigez pour me laisser vivre dans le pays de mes ancêtres.

Élisabeth écrit qu’« il en va de l’impôt comme du contrat social : ils n’existent pas sans coercition, et pas non plus sans consentement. » Je répondrais sur le contrat social comme Murray Rothbard répondait sur l’impôt : il suffirait de laisser chacun décider librement s’il souhaite ou non payer l’impôt qu’on lui réclame pour démontrer qu’au regard du taux et des contreparties, il y a là beaucoup de coercition et bien peu de consentement.

Le refonder ou cesser d’en parler.

Alors voilà, au risque de choquer les bonnes âmes : un contrat que personne n’a signé et dont personne ne connait les clauses, n’existe tout simplement pas. Laissez-moi dire les choses bien nettement : nous n’avons pas de contrat social. Voilà bien longtemps que la DDHC de 1789 a cessé d’être notre Bill of Rights (2), que nos gouvernants s’assoient dessus et que nos concitoyens s’en moquent comme d’une guigne. Il suffit, pour s’en convaincre, de considérer les motifs qui ont amené notre Conseil constitutionnel à invalider la taxe « lutte des classes » de M. Hollande : dans ce texte en contradiction totale avec et l’esprit et la lettre de la DDHC, ils n’ont trouvé qu’un obscur point de détail à ronger.

Et pourtant, Dieu sait que nous aurions besoin d’un contrat social. Si ceux qui nous ont précédés ont prit tant de soins à rédiger notre DDHC, le Bill of Rights américain, la Pétition des droits anglaises ou la Grundgesetz allemande (3), ce n’est pas pour tuer le temps mais bel et bien que ces hommes qui avaient connu l’arbitraire étaient bien placés pour mesurer à quel point tout pouvoir, fût-il démocratique, doit avoir des limites.

Voilà la véritable nature du contrat social : c’est un ensemble de principes qui définit les droits du citoyen en tant qu’individu et, par là même, les limites du pouvoir ; c’est la loi fondamentale qui s’impose au pouvoir lui-même. C’est de ces textes que naissent les nations de citoyens par opposition aux peuples de sujets ; c’est pour les défendre que des générations d’hommes ont risqué leur vie et l’on si souvent perdue ; c’est un de ces textes, la DDHC de 1789, qui formait le socle de notre patrie jusqu’à ce que nous l’abandonnions pour poursuivre les fantasmes de M. Rousseau.

« Les Français vont instinctivement au pouvoir ; ils n’aiment point la liberté ; l’égalité seule est leur idole. Or l’égalité et le despotisme ont des liaisons secrètes. (4) » Peut être un jour ferons-nous enfin mentir Chateaubriand. Peut-être un jour cesserons-nous de vouloir faire de notre République un république sociale ; ce « mot ambigu, notait Hayek, qui a acquis le pouvoir de vider les noms qu’il qualifie de leur signification. » Peut-être un jour arrêterons-nous de poursuivre la chimère égalitariste (5) et reprendrons-nous possession de notre liberté. Mais d’ici là, de grâce, cessez d’invoquer le contrat social.



1. Point Winston Churchill : « il n’existe rien de tel qu’une opinion publique ; il n’existe qu’une opinion publiée. »
2. Les dix premiers amendements de la Constitution des États-Unis ; probablement le meilleur texte constitutionnel, le meilleur contrat social jamais écrit à ce jour.
3. Grundgesetz für die Bundesrepublik Deutschland, la loi fondamentale allemande adoptée en 1949.
4. François-René de Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe.
5. « En général, en France, on abandonne trop volontiers la liberté, qui est la réalité, pour courir après l’égalité, qui est la chimère. C’est assez la manie française de lâcher le corps pour l’ombre. » Victor Hugo à sa femme, le 6 juillet 1836.

dimanche, janvier 27, 2013

Il n’y a de richesses que d’homme !


(Jean Bodin 1529-1596 en Anjou)
C’est tous les jours que l’actualité nous permet de vérifier cet aphorisme. La loi des nombres a voulu que ce soit pour le 100ème article de mon blog de libertarien. Je m'en félicite.

Ce matin encore dans l’actualité chinoise relatée sur BFM par des yeux de journalistes français, on nous parle des chinois en Afrique. Et l’image qui nous en est donnée, une fois de plus, est tellement superficielle que l’on peut se demander s’il existe le moindre sens critique et d’intelligence chez cette classe de la population qui, pourtant, entend bien nous donner des leçons.

Les chinois en Afrique au 21ème siècle, ce ne sont pas les chinois des lendemains des indépendances. Ceux-là sont bien vite partis s’apercevant qu’ils ne pouvaient rien faire des africains, surtout de leurs élites ivres de leurs nouvelles « émancipations». Maintenant, ils viennent, bâtissent des routes et des ponts et emportent leurs matières premières pour les transformer soit en Chine soit dans d’autres pays manufacturiers. Au dire de ces journalistes, ces africains modernes contesteraient de plus en plus ce modèle économique qui reviendrait ni plus ni moins qu’à un pillage de leurs ressources.

Mais peut-on appeler ressources des richesses minières ou sylvestres ? Qu’est le pétrole sans le moteur à explosion ? Rien si ce n’est une boue noire. Qu’est le bois précieux sans ébénistes ni clients demandeurs de produits finis et mis en valeur. Les africains en particulier ont ces ressources mais qu’en font-ils, que peuvent-ils en faire ? Rien, car le modèle économique de leurs mises en valeurs sont devant leurs yeux et l’Histoire montre qu’ils ne peuvent rien en faire.

Parce que pour mettre en valeur des ressources, qu’elles soient humaines ou minières, il faut deux choses : du capital et de l’esprit d’entreprise. Les africains n’ont, ni ne peuvent avoir, ni l’un ni l’autre. C’est contraire à leurs valeurs ancestrales. Cela n’a rien à voir avec le degré d’intelligence que l’on peut trouver chez certains d’entre eux, cela dépend seulement de l’environnement africain. Pour avoir du capital il faut déjà qu’il y ait un cadastre rendant opposable à tous les droits de propriétés, comme l’a brillamment démontré le péruvien Hernando De Soto et la capacité à mobiliser ce capital en le donnant en garantie.

Ensuite l’esprit d’entreprise, ceux qui pourraient l’avoir, formés hors de l’Afrique savent bien qu’il n’y a rien à faire pour eux dans leurs pays et ils restent bien souvent après leurs formations dans les pays qui les ont formés. Il aurait fallut que ces formations se fassent dans leurs pays pour avoir la chance d’en conserver quelques uns sur place. Mais ces élites sont recrutées alors par les tenants des pouvoirs en place et dans la nomenklatura de ces Etats, quel intérêt pour eux d’entreprendre dans le privé ? En Afrique les gens vivent au jour le jour. Et en fonction de ce qu’il gagne l’africain donnera à manger à 10 ou à 100 des siens selon ses moyens. Ne pas le faire c’est être mis au ban de son clan et plus bien souvent, de la part de ceux qui n’ont rien à perdre. Comment accumuler du capital dans ces conditions ? Et avec quelle pérennité quand le droit de propriété varie avec les tenants du pouvoir.

Pour l’Afrique une seule voie d’un début de mise en valeur sur place, passera immanquablement par le retour des colons. Par la création d’écoles et la formation à des métiers de transformation de leurs ressources sur le moyen terme. Qui veut y retourner pour s’y coller ? Les dirigeants de ces pays le veulent-ils seulement ? Dans tous les attendus de cette problématique. Ce ne sera pas demain la veille je le crois. Surtout quand tout ce que les médias déversent sur ces pays c’est que le colon est un exploitant de « leurs masses laborieuses ».

Cette vision très simple du problème africain nous montre bien que sans les hommes, rien ne se fait. Non seulement des hommes mais aussi le système de valeurs chrétien qui va responsabiliser le travail de chaque individu. La création de richesse et avec les moyens de communications du monde entier est simple à analyser, pour voir les peuples qui s’enrichissent et qui créent de la croissance et ceux qui végètent avant de régresser. Il y faut bien sur de la formation, mais aussi du travail et donner à chacun selon son mérite. L’expérience française de ces 30 dernières années et son paroxysme de 2013, va montrer in situ que faire travailler les individus pour le bien des autres ne peut pas marcher. Le réveil sera douloureux, mais il faut en passer par là pour que cela rentre bien dans la majorité des têtes. Quel ouvrage prophétique que celui d’Ayn Rand en 1957.
Si vous n’avez pas encore lu « La Grève », merveilleuse traduction de l’anglais d’ « Atlas Shrugged », faites-le, car vous le ferez tôt ou tard pour mieux voir où va la France.

Soit le pouvoir d’un Etat quel qu’il soit, va s’appuyer sur le génie entrepreneurial de certains d’entre ses citoyens en leur donnant une juste récompense, soit il va devoir se passer d’eux et mourir. Et sa population avec lui. Jean Bodin, il y a bientôt 500 ans savait déjà cette évidence que semblent avoir oubliée tous ceux qui, en France en particulier, briguent nos suffrages et l’honneur de diriger nos vies. Et comme notre pays n’est pas « riche » de ces hommes là, nous descendons tous les jours un peu plus dans l’enfer social. Qui va pouvoir leur apporter la lumière ?

samedi, décembre 22, 2012

Les bourgeois à la lanterne ! et après ?...


J’arrive de France après une bonne séquence sur l’exil fiscal de Gérard Depardieu et trouve dans ma boîte aux lettres le journal genevois « Le Temps » qui relaye le débat américain sur le fait qu’il faille taxer ou non les « plus riches ». Il y est question de « justice fiscale », d’égalité des citoyens mais aussi de solidarité et de patriotisme. Drôle de façon d’aborder ce problème qui ne tient pourtant qu’en une seule cause : le déficit de l’Etat !

Et je vous avoue franchement que cette « chasse aux riches », sport national français, me met mal à l’aise. Rien d’autre que l’envie ou la jalousie ne peut suggérer dans la plus grande partie de la population cette haine. Car qu’ont fait à tous ces prolétaires et autres français moyens, les Bernard Arnaud, Liliane Bettencourt et autres Gérard Depardieu ? Ont-ils tous, en quelques matières que ce soient, des dettes envers tous ces loups qui espèrent de toutes leurs tripes la curée à leur encontre ?

Comment faire comprendre à leur grande majorité de tous ces forts en gueule qu’ils sont manipulés et par qui ? J’ai imaginé que dans le village de Néchin, une fois par an, les habitants soient conviés à une agape qui va réunir sans souci de classe (un petit club Méditerranée quoi !) la plupart de ses habitants. Ce repas de fête devant être payé par chacun des convives. Bien sur que ce jour là Monsieur Mulliez s’est déplacé, tout comme Gérard Depardieu, pour ne citer qu’eux deux.

Monsieur Mulliez pourrait dire, car ses moyens financiers le lui permettent, qu’il prend la totalité de ces frais de bouche à sa charge. Mais ne serait-ce pas faire preuve d’une certaine condescendance de sa part, surtout dans ce grand moment où la distance sociale devait disparaître ? Monsieur Toutlemonde qui est venu autour de la table sachant avoir à payer son repas, refuse de voir Monsieur Mulliez payer pour son repas qu’il est bien encore capable de prendre en charge. Au milieu de la salle, Gérard qui fait connaissance avec ses nouveaux voisins, plusieurs verres dans le nez, fait étalage de la plus grande des truculences. Chacun veut l’approcher et lui faire signer un autographe pour la petite voisine qu’il fait bien rire.

Vient le moment de l’addition et le restaurateur qui pense avoir bien régalé tout son monde encaisse les prix des repas. Chacun paye ses 20 euros (nous sommes en Belgique) et se félicite de cette belle journée où il a pu rencontrer et parler avec des représentants de familles, somme toute, comme vous et moi dans la plus parfaite convivialité de voisinage. Demain, les salutations que tous ces gens se rendront avec un vrai sourire vont participer d’un certain bonheur commun.

Imaginons que le restaurateur ait à ce moment là, corsé l’addition à 50 euros par personne par exemple. Il est bien certain qu’un malaise se serait invité à la fête et l’aurait terni. Est-ce pour autant qu’un seul d’entre eux aurait simplement imaginé « faire payer les riches » ? Non ils auraient par contre tous trouvé que le restaurateur avait abusé d’eux et de la confiance qu’ils avaient mis en lui en venant à ces agapes.

Il en va ainsi de l’Etat français et de la place des citoyens. Là où le bas blesse, c’est dans la relation qu’ont ces citoyens et leurs voisins que la vie a fait riches. Pourquoi cette vindicte et cette haine contre eux, abondamment relayée par les médias. Pourquoi ces débats parlementaires pour savoir s’il importe, dans les budgets de demain, les faire payer plus. C’est bien déjà là semer la haine contre eux et dans ces conditions, les défendre contre une nouvelle taxation spoliatrice devient un combat d’arrière-garde. Car il y a là de toutes les façons les prémisses pour une taxation future. Il faut pourtant y renoncer si nous voulons être heureux demain et agir pour au contraire que la population débatte de l’intérêt d’avoir des riches autour de soi.

En effet même si cette taxe est repoussée aujourd’hui, le simple fait de poser le problème en ce sens va faire que dans l’esprit du public, se poser déjà la question va contribuer à légitimer cette manœuvre. Il suffira quand le public sera prêt de légaliser l’opération par une loi sans qu’aucun ou du moins la majorité comprenne que l’Etat ou du moins ses suppôts sont en train de tuer la poule aux œufs d’or ! Mais au bénéfice de qui bon Dieu ? Certainement pas à celui de la majorité des citoyens, car sinon les français devraient être les mieux nantis du monde vu le niveau des prélèvements actuels. Même déjà, certains politiciens en mal d’honnêteté, avouent volontiers que même si les 100 personnes les plus riches de France se voyaient confisquer la totalité de leurs avoirs (ce qui du moins pour eux ne peut se faire qu’une seule fois) cela ne résoudrait en rien le problème de l’année 2 ! Mais ils voient là quelque part une certaine « justice » fiscale.

Parfois (je dis malheureusement parfois) les dealers condamnés se voient confisquer la totalité de leurs avoirs. Faire payer à des milliers de personnes en 2012, plus de 100% de leurs revenus annuels, signifie-t-il que ces contribuables aient volé quoique ce soit ? Parce que si les Bernard Arnaud ou autre Gérard Depardieu ont détourné de l’argent public ou simplement ont fraudés le fisc, qu’on le dénonce publiquement et qu’on leur fasse rendre gorge ! Mais est-ce le cas ? Depardieu aurait participé à des films subventionnés par l’Etat français ? A-t-il extorqué ses cachets vis à vis d’affaires publiques donc ? Pourquoi l’Etat d’abord subventionne les films, pourquoi l’Etat accepte-t-il le système des intermittents du spectacle dont certains bénéficiaires n’ont d’ailleurs aucune vergogne à hurler contre l’exil de Depardieu ? N’est-ce pas là une nouvelle facette de la gabegie de l’Etat et d’œuvrer au dévoiement du bon sens individuel que devraient encore avoir les citoyens, simplement déjà pour bien voter ?

Alors pourquoi cet ostracisme de la part de l’Etat vis à vis des riches ? Que cache-t-il ? Pourquoi alimenter cette haine contre eux alors qu’on le voit bien, tous tant qu’ils sont n’ont jamais extorqué contre quiconque la moindre once de leur fortune et bien au contraire, sinon ils seraient en prison. Tout ce qu’ils gagnent, ceux qui contribuent à leurs recettes, qu’ils soient sportifs, acteurs ou sociétés commerciales entre autres, leur a été accordé d’une manière volontaire. Que ce soient des spectateurs, des téléspectateurs ou de simples clients des Auchan ou autres magasins de luxe entre autres. Ce n’est malheureusement pas le cas des impôts et taxes imposés par des lois et prélevés avec l’appui de la force publique. Sauf de s’exiler.

Les citoyens, car quand « le riche s’appauvrit, le pauvre meurt » n’ont donc aucun intérêt à haïr les riches. Déjà Adam Smith (1723-1790) énonçait que ce ne sont pas les riches qui sont le problème mais l’accès à la création de richesses qu’il importe de chérir. Alors à qui profite tous ces débats de savoir s’il importe ou non de faire encore plus payer les riches ? Bien sur que j’ai la solution. Réfléchissez-y de votre coté ou lisez quelques uns des articles précédents.

Merci de m’avoir lu. Pour la Liberté.

samedi, décembre 08, 2012

Parlons de fédéralisme utile

Bruno Frey lauréat du Prix Röpke pour ses travaux sur l’Europe

par Emmanuel Garessus, éditorialiste au journal Le Temps

L’économiste a créé un concept d’UE à plusieurs vitesses, une approche basée sur la résolution de problèmes concrets plutôt qu’un modèle centraliste
Bruno S. Frey, l’un des économistes suisses les plus connus et réputés à l’étranger, a été récompensé du Prix Röpke 2012 jeudi soir à Zurich.
Décerné par l’Institut Libéral en l’honneur du professeur à HEI Genève (de 1937 à 1966) et inspirateur du modèle d’économie de marché en Allemagne, Bruno S. Frey est récompensé, vingt ans après le non à l’EEE, pour ses idées en faveur d’une Europe de la diversité qui contraste avec l’UE actuelle. Professeur à l’Université de Warwick et fondateur du Center for Research in Economics (CREMA) de l’Université de Zurich, le chercheur a toujours critiqué le modèle centraliste de l’Union européenne. Bruno S. Frey, connu pour ses travaux sur l’économie du bonheur et de l’art, est d’ailleurs coauteur avec Georg Rich, ancien chef économiste de la BNS, du livre «franc suisse ou euro» (1999) où il détaillait les défauts structurels de la monnaie unique.
Dans son allocution, Bruno S. Frey a proposé une approche totalement décentralisée et flexible, une UE fondée sur la concurrence des régions, et non l’harmonisation. «Il existe une alternative à l’UE actuelle», a-t-il expliqué aux 150 personnes présentes.
Son modèle s’inscrit dans une sorte d’Europe à la carte. La recherche de solutions aux problèmes concrets doit être le point de départ de la construction européenne. A cette fin, il a développé le concept d’entités politiques endogènes (EPE) selon lequel seules les entités politiques les plus petites (cantons, communes, quartiers) peuvent gérer un problème au moindre coût. Il se fait l’avocat d’une Europe de bas en haut et non centralisée. «Pour résoudre les problèmes touristiques du lac de Constance, les décideurs de la région, Suisses, Autrichiens et Allemands doivent se réunir, débattre et trouver un consensus. Ce n’est ni à Berlin, ni à Berne, ni à Bruxelles de s’en occuper», a-t-il expliqué. De même pour les nuisances sonores de l’aéroport de Zurich. Les EPE doivent être organisées démocratiquement et légitimées.
Bruno S. Frey s’insurge contre une UE organisée en Etats nations, sur la base de structures territoriales. «Pourquoi faudrait-il qu’un Etat candidat à l’adhésion soit obligé de reprendre intégralement les 170 000 pages de lois de l’acquis communautaire? C’est une forme d’arrogance de croire qu’il s’agit d’une vérité absolue», a-t-il affirmé.
Son idée des EPE offrirait aussi une réponse aux désirs d’autonomie des Basques, Catalans ou Irlandais. Ainsi qu’aux besoins de coopération avec la Turquie.
De facto, l’EPE de Bruno S. Frey se réfère à l’Europe des origines, celle de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) et sa logique de paix et de coopération économique.